Peut-on se dire « thérapeute », faire « de la thérapie » ?

Peut-on se dire « thérapeute », faire « de la thérapie » ?

Le petit peuple d’Internet raffole des rumeurs ! L’une d’elle raconte que l’on ne pourrait pas s’intituler « thérapeute » ou même faire « de la thérapie » si on n’est pas médecin, car ce terme serait réservé aux seuls professionnels de cette discipline 😀

Il suffit d’ouvrir le dictionnaire pour couper court aux rumeurs :
– La « thérapie » est 1/ Un ensemble de procédés concernant un traitement déterminé. 2/ Le diminutif de « Psychothérapie » (exemple : « thérapie familiale », « thérapie de groupe »).
– Un « thérapeute » est 1/ (Terme peu usité en France) Une personne qui soigne des malades ; synonyme usuel : médecin. 2/ Le terme générique désignant les psychologues, psychothérapeutes, psychopraticiens, psychanalystes et autres professionnels de l’aide psychologique.

Voilà ! Ces termes sont utilisé en médecine, mais pas seulement. Tout comme le verbe « soigner« , qui est souvent aussi mal-compris et attribué à tort au seul monde médical. En réalité, on « soigne » ses invités ou on prend « soin » de ses enfants, de son jardin ou même de ses affaires, on a un aspect soigné, etc. Et il faut aller chercher le 3ème sens du verbe « soigner » pour trouver une connotation médicale. Donc, les termes « thérapie », « thérapeute », « soin », « soigner » ont des significations courantes non-médicales. Vous pouvez très bien continuer de les utiliser normalement – et ne plus le faire serait jouer le jeu des rumeurs et vous restreindre vous-même…

Dans notre domaine, « thérapeute » est le raccourci de langage habituel pour parler d’un « psy » : quelqu’un qui aide une personne souffrant de ses émotions, du stress, etc. Quand on dit : « J’ai rendez-vous chez mon thérapeute », on parle donc de son psy(chothérapeute, psychanalyste, hypnothérapeute, etc.), pas de son médecin ! Quand on fait « une thérapie », on ne soigne pas son rhume : on travaille sur soi, on soigne ses émotions ou ses blessures du passé ! On fait de la « thérapie de couple », par exemple, ce qui n’a rien de médical.

La loi française le sait bien, puisqu’elle réserve le titre de « psychothérapeute » aux personnes pouvant justifier, principalement, d’une formation en psychopathologie (cf. les autres questions de cette FAQ, à ce sujet), donc pas spécialement aux médecins, qui doivent eux aussi justifier d’une formation en psychopathologie (s’ils n’en ont pas déjà une, comme les psychiatres).
Bref, si le suffixe « -thérapeute » était réservé au monde médical, cette loi n’existerait pas…

La plupart des gens ne font d’ailleurs pas la différence entre un « psychothérapeute », un « psychanalyste », un « psychologue » ou même un « psychiatre »… et parleront juste de « psy ». C’est la même chose pour eux qu’un « thérapeute » : c’est un « psy » ! Ils s’imaginent une personne attentive, prenant des notes entre deux « Hm, hmm, je comprends », souvent assise derrière un divan sur lequel est allongé quelqu’un qui raconte sa vie en pleurant 🙂 

Alors, est-ce qu’un « psy » ou un « thérapeute » (donc, un « psychothérapeute » et, dans notre domaine, un « hypnothérapeute ») fait de la médecine ? Est-ce qu’il soigne des maladies, des problèmes physiques ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas son métier. 

Voyons ce que dit le Larousse :
Médecine : Ensemble des connaissances scientifiques et des moyens de tous ordres mis en œuvre pour la prévention, la guérison ou le soulagement des maladies, blessures ou infirmités.
Précisons donc :
Maladie : Altération de la santé, des fonctions des êtres vivants (animaux et végétaux), en particulier quand la cause est connue (par opposition à syndrome).
Santé : État de bon fonctionnement de l’organisme.

Donc, la médecine est : l’ensemble des connaissances scientifiques et des moyens mis en œuvre pour la prévention, la guérison ou le soulagement des altérations du bon fonctionnement de l’organisme.

Rien à voir avec ce que fait un « psy », qui aide des personnes en difficulté émotionnelle ou en souffrance psychologique.
Pour cela, le « psy / thérapeute » n’a pas besoin de « diagnostic » au sens médical (car il ne s’occupe pas de choses physiques ou de problèmes psychiatriques, graves). Un « psy / thérapeute » accompagne, écoute, guide et soutient… Il questionne la personne. Il peut éventuellement proposer des « recadrages verbaux » : d’autres points de vue possibles sur la situation de la personne, afin de la faire réfléchir ou comprendre différemment…

Puis, si le « psy / thérapeute » est « interventionniste » (tous les « psy / thérapeutes » ne le sont pas !), il utilisera des protocoles (techniques spécialisées, par thèmes) pour aider la personne à suivre un cheminement spécifique de pensées et d’émotions, afin de retrouver un bien-être psychologique : par exemple, pour faire un deuil, apaiser un stress, retrouver le sommeil ou dépasser une addiction (tabac, nourriture, etc.)  ou une compulsion (se ronger les ongles, se « tricoter » les cheveux ou les sourcils, etc.) ou encore pour faire une « régression », afin de retrouver un souvenir ancien, aidant pour retrouver des ressources, ou pour retrouver la cause supposée à l’origine des soucis de la personne. 

De plus, un « psy / thérapeute » ne prescrit rien du tout, pas de médicament, pas d’herbes : rien à manger ou à se mettre dans le corps ! Car un « psy / thérapeute » n’utilise que la parole – et la personne en consultation n’utilise que sa tête, son « esprit », ses émotions.

Le « psy / thérapeute » ne s’occupe donc (comme son nom l’indique) que des soucis psychologiques : si vous venez avec un problème physique, il vous demandera si vous êtes suivi par un médecin. Si ce n’est pas le cas, tous les « psys / thérapeutes » vous renverront chez votre médecin ! Puis, dans tous les cas, le « psy / thérapeute » ne s’occupera que de la facette psychologique ou émotionnel du souci (stress, traumatisme, histoire de vie, etc.). Et si vous êtes envoyé « chez le psy » par votre médecin, ce sera souvent parce que celui-ci soupçonne chez vous un souci psychologique, émotionnel, ou du moins il estimera que votre état de stress n’arrange rien à votre situation et qu’un peu d’aide vous ferait du bien !

Certains « psy / thérapeutes » peuvent aussi s’occuper du soutien psychologique des personnes souffrant de maladies physiques, comme c’est par exemple le cas à l’Institut Gustave Roussy (on s’imagine bien le stress de se voir annoncer une maladie grave) mais aussi si vous avez subi une greffe ou dans certains cas d’opérations nécessitant un entretien psy préliminaire et/ou un suivi psy. A l’hôpital, des psychiatres, psychologues et « psy » spécialisés sont là pour cela.

Voilà ce qu’est un « thérapeute » ou « psy ». C’est une personne qui vous aide au niveau de vos émotions, de votre psyché. Rien à voir avec la médecine.
Un professionnel de la relation d’aide qui utilise l’Hypnose comme outil principal sera donc dénommé : « Hypnothérapeute », par rapprochement des mots « hypnose » et « thérapeute ». C’est le terme historique (voir autre question-réponse sur cette FAQ).

Par ailleurs, si vous voulez vérifier ce qu’est l’exercice illégal de la médecine, voyez sur le site officiel (ci-dessous la version du texte de loi, mis à jour le 22 décembre 2018, avec décret d’application au 1er mars 2019) : 

Exerce illégalement la médecine :

1° Toute personne qui prend part habituellement ou par direction suivie, même en présence d’un médecin, à l’établissement d’un diagnostic ou au traitement de maladies, congénitales ou acquises, réelles ou supposées, par actes personnels, consultations verbales ou écrites ou par tous autres procédés quels qu’ils soient, ou pratique l’un des actes professionnels prévus dans une nomenclature fixée par arrêté du ministre chargé de la santé pris après avis de l’Académie nationale de médecine, sans être titulaire d’un diplôme, certificat ou autre titre mentionné à l’article L. 4131-1 et exigé pour l’exercice de la profession de médecin, ou sans être bénéficiaire des dispositions spéciales mentionnées aux articles L. 4111-2 à L. 4111-4, L. 4111-6, L. 4111-7, L. 4112-6, L. 4131-2 à L. 4131-5 ;

Donc, voilà : rassurez-vous. La médecine n’est pas du tout ce que pratique un « psy / thérapeute ». Votre psy n’est donc pas dans l’illégalité 🙂
Et si vous vous installez comme « thérapeute » ou « hypnothérapeute » après votre formation, vous en avez parfaitement le droit, légalement ! Tant que vous ne pratiquez que votre métier, l’aide et le soutien émotionnel – donc rien qui ne touche aux soucis physiques d’origine physique (pas de « traitement de maladies », selon les termes légaux)…

Voyez également la question sur l’usage du titre « psychothérapeute », qui est réglementé en France. Le titre d’hypnothérapeute n’est pas concerné par cette loi (à lire ici, deuxième paragraphe).