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HYPNOSE CLASSIQUE & HYPNOSE DE SPECTACLE

Un article d’Olivier Lockert

IFHE, avril 2008

 

L’Hypnose Classique est l’hypnose de nos grand-pères, celle qui a donné naissance à la « psychothérapie » (nom inventé par Bernheim en 1891 pour désigner le soin par suggestions hypnotiques). Elle fut et reste utilisée de bien des façons, y compris par les hypnotiseurs de music-hall, qui ont eu le mérite de conserver la mémoire de cette forme d’Hypnose, y compris durant ses années creuses (cf. Historique de l’Hypnose). Pourtant l’Hypnose Classique ne saurait se réduire à l’Hypnose de spectacle, qui n’en est qu’une des facettes – et qui se distingue par de nombreuses spécificités techniques.

Les différences entre l’Hypnose Classique et l’Hypnose de spectacle

Tout d’abord, attention à l’ancienne confusion entre Hypnose Classique et Hypnose de spectacle : si cette dernière utilise les techniques « classiques » pour faire du spectacle, distraire et (parfois) éduquer le public, elle n’est pas toute l’Hypnose Classique qui, elle, est avant tout une pratique thérapeutique… L’Hypnose Classique est un monde, dont fait partie l’Hypnose de spectacle, mais l’Hypnose Classique ne se résout pas à cette seule pratique, très loin de là !

Contrairement aux thérapeutes, les artistes doivent faire preuve de spectaculaire. Ils ont un show à assurer. Pour cela, il existe des techniques spécifiques de reconnaissance et de sélection des « meilleurs sujets », ceux qui démontreront rapidement les phénomènes hypnotiques nécessaires au spectacle.

Les hypnothérapeutes ont d’autres impératifs, pas forcément plus évidents : en thérapie, impossible de choisir son sujet, on est obligé de réussir avec toute personne qui se présente (au moins l’induction hypnotique !). Et le patient veut avant tout guérir ; que l’hypnose soit un état de conscience qui s’apprend lui importe peut ; qu’il soit lui-même plus ou moins prédisposé à l’hypnose non plus : il veut entrer en transe tout de suite pour travailler sur son problème. Point.

En spectacle, l’état d’hypnose et ses phénomènes sont le but à atteindre ; en Hypnothérapie, ce sont des moyens au service du processus thérapeutique.

Les techniques d’induction hypnotiques sont aussi très différentes, que l’on soit en spectacle (sélection des sujets sensibles, phénomènes spectaculaires impératifs) ou en thérapie (toute personne doit entrer en transe, pas besoin de phénomènes spectaculaire mais d’une bonne disposition d’esprit).

Ainsi, il est des phénomènes hypnotiques que l’on ne peut produire qu’en Hypnose de spectacle, grâce à l’envoutement généré par la foule. Le sujet est « emporté » dans un rôle – qu’il a accepté implicitement en venant au spectacle, puis en se portant volontaire pour monter sur scène. Tous ses amis le regardent ; il a le trac ; il a chaud ; les lumières l’éblouissent… Désorienté, l’hypnotiseur le surprend en claquant des doigts ; il se sent tomber, comme évanoui, sans même avoir entendu le retentissant « Dormez ! »

C’est la célèbre « interruption de pattern » de Dave Elman (souvent attribuée, à tort, à Milton Erickson). L’ordre vient saisir le cerveau reptilien, qui fait basculer la personne en transe bien avant qu’elle ne soit même consciente de la phrase prononcée par l’hypnotiseur… Facile à réaliser sur scène, où la personne est impressionnée ; très difficile en thérapie, où le thérapeute a, au contraire, établi un climat de confiance.

Par contre, nombreux sont les hypnotiseurs de spectacle qui viennent se former en Hypnose thérapeutique, curieux de découvrir par quel moyen un hypnothérapeute peut réussir à mettre en état d’hypnose une personne seule, sans la pression de la scène, sans l’ambiance étourdissante du spectacle – et une personne qui n’a pas été présélectionnée, en plus !…

On constate aussi que certaines personnes sont parfois un peu déçues, au début de leur formation en Hypnose thérapeutique : ça ne ressemble pas à l’idée qu’elles se faisaient de l’Hypnose. Ah, ça fonctionne… ça oui, et même très bien… mais… ce n’est pas l’Hypnose « comme à la télé ». Ces personnes voulaient une formation « sérieuse », en hypnose « thérapeutique », mais restent dans les attentes communes au grand public. C’est qu’elles confondent spectacle et thérapie.

Il n’y a pas de mal à utiliser l’hypnose en spectacle, si c’est fait correctement, avec discernement et éthique – mais l’hypnose de spectacle est une approche techniquement différente de l’hypnose thérapeutique. Vous pourriez être un excellent hypnothérapeute classique et incapable de faire un spectacle d’Hypnose… et vous pourriez être un showmen surdoué et pourtant tout à fait incapable de mener à bien une thérapie, même par hypnose. Ne serait-ce que les procédés d’induction hypnotique sont totalement différents…

Il est bien sûr possible d’apprendre les deux approches. C’est le but de la spécialisation en « Hypnose Classique » que propose l’IFHE : les gens du spectacle s’initieront à l’Hypnothérapie pour de saines représentations, des shows autant éducatifs (voire thérapeutiques !) que spectaculaires ; les gens de thérapie découvriront l’importance et la puissance de leurs mots, en créant des phénomènes hypnotiques « comme à la télé ». Ils ressortiront de l’expérience plus confiants en leurs techniques thérapeutiques, conscients de leur impact sur la personne.

Les deux approches sont différentes et se complètent.

Alors, que pensez-vous de l’hypnose de spectacle ?

Je pense que toutes les formes de pratiques hypnotiques débilitantes devraient être interdites. Il est certain que les gens qui usent de la « communication d’influence » à fin de divertissement malsain ou d’abêtissement abusent des personnes les plus sensibles ou influençables – malheureusement, cette constatation dépasse le simple cadre de l’Hypnose qui concerne cet article… Voyez le matraquage télévisé et dites-moi si cela éduque ou si cela abruti la population… N’est-ce pas une forme d’hypnose négative de masse ? (« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible« , Patrick Le Lay, PDG de TF1, 9 juillet 2004)

Donc, même en utilisant le plus mal possible notre « hypnose », nous sommes très loin de pouvoir faire autant de mal que les « spécialistes » du genre…

Ceci dit, et pour en revenir à ce qui nous concerne : pour que l’Hypnose de music-hall soit la plus éthique et bénéfique possible, il faudrait absolument que ce genre de spectacle soit conduit par des professionnels connaisseurs et respectueux de la psychologie humaine, non pas pour la violer, mais pour faire leur « show » dans le respect des personnes qui se portent volontaires – car c’est tout à fait possible (cf. exemples dans le livre « Hypnose« ).

Les phénomènes hypnotiques de l’hypnose sont spectaculaires et peuvent être provoqués pour le bien de la personne ! Ainsi, vous faites d’une pierre deux coups : d’abord vous avez le côté spectaculaire, et ensuite les volontaires sortent de l’expérience mieux qu’avant ! Ne serait-ce pas formidable ?

Mais quand vous voyez un hypnotiseur, même ancien gendarme, transformer trente personnes en une horde de singes en rut qui vont se précipiter dans l’assistance pour choisir une « femelle »… c’est débilitant ! De l’amusement pervers. Alors qu’une personne timide qui se sent devenir si forte qu’une dizaine de personnes alignées ne parvient plus à la pousser, à la faire reculer, celle-ci ressort de la soirée grandie et fière d’elle !

L’opinion publique, ignorante des techniques de l’Hypnose – et souvent des bases même de la psychologie – peste contre ces « méchants hypnotiseurs de spectacle » qui font croire au pauvre peuple naïf qu’ils ont un « pouvoir » sur les gens. Mais, réfléchissez un peu : tout le monde sait qu’il s’agit de spectacle (c’est dans l’intitulé même de ce type d’hypnose). C’est donc un peu comme aller voir un magicien : va-t-il vous dire avant chaque tour, « attention, ceci n’est pas de la vraie magie, il y a un truc ! » ?… Évidemment que non ! Tout le plaisir est dans cette illusion, justement.

Un magicien qui pratique le « mentalisme » va vous faire croire qu’il est devin ou télépathe, mais tout le monde sait bien qu’il s’agit d’un artiste, qu’il y a « un truc » ! De la même manière, l’hypnotiseur de spectacle ne va pas passer son spectacle à vous répéter « en fait, c’est vous qui vous mettez en transe tout seul, je ne fais que vous guider, vous expliquer »… Ce serait vrai, mais ça retirerait tout le charme et le plaisir ! Alors, comme le prestidigitateur ou le mentaliste, l’artiste hypnotiseur fait croire à son public qu’il possède un pouvoir spécial. Ce n’est pas « abusif », c’est son métier – et c’est pour ça qu’on vient le voir en spectacle.

De plus, les techniques de l’Hypnose Classique sont relativement basiques : la mise en transe ne fonctionne que parce que la personne y croit vraiment. L’hypnotiseur travaille sans autre filet que sa totale conviction de l’arrivée du phénomène hypnotique. Avertir son public qu’il n’y a « pas de magie » reviendrait à détruire sa capacité à faire son spectacle, à produire les phénomènes pour lesquels on est tous venus le voir. Impossible, forcément ! La magie est nécessaire…

Maintenant, il est tout à fait possible de laisser ses spectateurs dans le plaisir de cette illusion et d’utiliser tous les phénomènes hypnotiques que l’on voit en spectacle pour le bien des volontaires… Mais il faut déjà, pour cela, bien connaître l’esprit humain, la psychologie, les métaphores thérapeutiques et leur utilisation, etc.

Une suggestion hypnotique de contrainte provoque du mal-être chez les gens. Les professionnels de l’hypnose de spectacle le savent pertinemment, et ils font ce qu’ils peuvent pour éviter ce malheureux « contrecoup », mais ils ne sont souvent tout simplement pas formés pour utiliser positivement leurs suggestions, ce qui éviterait les effets négatifs secondaires tout en conservant l’effet spectaculaire et en offrant aux personnes une expérience mémorable et enrichissante.

C’est une question de formation…

Olivier Lockert

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FREUD ET L’HYPNOSE

Une union de toujours…

Un article d’Olivier Lockert

IFHE, avril 2008

 

Tout comme les hypnothérapeutes actuels en sont venus à oublier leurs origines… et mêmes les racines qui distinguent clairement leurs différentes pratiques… bien des psychanalystes des années 60 et au-delà ont clamé haut et fort que Sigmund Freud avait « abandonné l’Hypnose » – sous-entendant par-là que cette dernière n’aurait pas été « convenable », « correct », « éthique » ou simplement « suffisamment efficace » pour plaire au Maître.

Et pourtant…

On retrouve des lettres manuscrites de Freud, jusqu’à la fin de sa vie, qui envoyait ses patients à des confrères hypnothérapeutes… Quelle étrangeté pour quelqu’un qui aurait soi-disant accordé si peu de foi à l’Hypnose ! Par ailleurs, Freud, deux ans avant sa mort, écrivait encore : « il n’y a pas de substitut à l’Hypnose ! » (Freud, 1937. L’analyse finie et l’analyse infinie, OCF).

Il y a donc un fossé entre les rumeurs colportées et les actes concrets de l’homme le plus célèbre du monde de la psychothérapie…

Sigmund Freud s’est formé à l’Hypnose auprès de Bernheim, qu’il vénérait au point de traduire en allemand l’intégralité de ses livres. En 1895, ses études achevées, Freud écrivit aussi lui-même un livre sur l’Hypnose, avec le Dr Breuer : « Études sur l’hystérie ».

Ayant poursuivit ses études auprès de Charcot, alors super-intendant de l’Hôpital de la Salpêtrière, à Paris, Freud fit la connaissance de son bras droit, directeur du laboratoire de Psychopathologie : Pierre Janet, lui-même ! Un des pères de la Psychologie clinique et inventeur de la régression hypnotique… C’est avec l’aide de Janet et de Breuer que Sigmund Freud mis au point le principe de l’association libre, sans lequel la Psychanalyse n’aurait jamais existé.

Voilà à quel point Psychanalyse et Hypnose sont liées – et combien les décennies d’idées fausses ont pu distordre et perdre la pensée du Maître…

Mais je ne souhaite pas entrer dans de vieux débats, et seulement vous proposer aujourd’hui un texte de Freud sur l’Hypnose.

Un texte inédit d’une étonnante modernité !

C’est un véritable cours d’Hypnose que nous offre Sigmund Freud. Ce texte, paru en 1891, année de la création du mot « psychothérapie » par son ami Bernheim, est curieusement resté inédit. Il fut découvert en 1963, puis publié en anglais dans le volume 1 de la « Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud » (trad. Strachey) par Hogarth Press, London.

Le texte français, ci-dessous, est paru en 1976 dans la revue de Médecine Psychosomatique (trad. Cotet, Bourguignon, Altounian et Rauzy).

Très pratique, on y retrouve des idées et principe que l’on aurait pu attribuer à Milton Erickson ou à d’autres hypnothérapeutes plus modernes. Je vous laisse le découvrir, et réfléchir à certains passages – tout en restant conscient de l’ancienneté du texte et du contexte de son époque – remplacez, si vous le souhaitez, le terme « médecin » par « hypnothérapeute » et « malade » par « patient » ou « personne, et convertissez en vos mots les termes les plus désuets :

« Ce serait une erreur de croire qu’il est très facile de pratiquer l’hypnose à des fins thérapeutiques. La technique de l’hypnotisme est bien plutôt une opération médicale aussi difficile que n’importe quelle autre. Le médecin qui veut hypnotiser devrait l’avoir appris d’un maître dans cet art et aura, même alors, besoin d’une grande pratique personnelle pour obtenir des succès autrement que dans des cas isolés. Alors, en tant qu’hypnotiseur expérimenté, il se mettra à l’œuvre avec ce sérieux et cette détermination nés de la conscience d’entreprendre quelque chose d’utile, voire, dans certaines circonstances, de nécessaire. Le souvenir de tant de guérisons obtenues par l’hypnose conférera à son comportement face au patient une sûreté qui ne manquera de susciter, chez ce dernier aussi, l’attente d’un nouveau succès thérapeutique.

Celui qui aborde l’hypnotisme à moitié incrédule, qui, ce faisant, se trouve peut-être lui-même tout drôle, qui révèle, par sa mimique, sa voix et ses gestes, qu’il n’attend rien de la tentative, n’aura aucune raison de s’étonner de ses insuccès et devrait plutôt laisser cette méthode de traitement à d’autres médecins qui sont en mesure de la pratiquer sans se sentir atteints dans leur dignité médicale, parce qu’ils se sont, par l’expérience et la lecture, persuadés de la réalité et de l’importance de l’influence hypnotique.

On se fera une règle de ne chercher à imposer à aucun malade le traitement hypnotique. Il existe dans le public un préjugé, appuyé même par des médecins éminents mais ignorants en la matière, selon lequel l’hypnose serait une intervention dangereuse. Chercherait-on à imposer l’hypnose à une personne qui accorderait foi à ces dires, on serait vraisemblablement, après quelques minutes seulement, perturbé par des incidents fâcheux, qui naissent de l’angoisse du malade et de la sensation pénible pour lui d’être violenté, mais qui seraient très certainement tenus pour des suites de l’hypnose [NDLR : auto-suggestion !]. Là où s’élève une forte résistance contre un projet d’hypnose, on renoncera à cette méthode et l’on attendra que le malade se soit, sous l’influence d’autres informations, familiarisé avec l’idée d’être hypnotisé. Par contre, il n’est absolument pas gênant qu’un malade déclare n’éprouver aucune angoisse devant l’hypnose, mais ne pas croire en elle ou ne pas croire qu’elle puisse lui être utile. On lui dit alors : « Je n’exige pas votre foi, mais simplement votre attention et quelque docilité au début », et l’on trouve le plus souvent dans cette disposition indifférente du malade un remarquable soutien.

Par ailleurs, il faut affirmer qu’il existe des personnes qui sont empêchées de tomber dans l’hypnose, précisément par leur disponibilité et leur désir. Cela ne cadre absolument pas avec l’opinion courante selon laquelle il n’y a pas d’hypnose sans « foi », mais il n’en est pourtant pas autrement. On a le droit, en général, de partir de l’hypothèse que tous les hommes sont hypnotisables, à cela près que chaque médecin en particulier aura un certain nombre de personnes qu’il ne pourra pas hypnotiser dans les conditions de ses expériences, sans que souvent il puisse dire à quoi a tenu l’insuccès. Parfois, un procédé obtient aisément ce qui semblait impossible avec un autre, et la même chose vaut pour des médecins différents. De ce fait, on ne sait jamais si un malade pourra être hypnotisé ou non et l’on n’a pas d’autre voie pour l’apprendre que l’expérience elle-même. Jusqu’à présent, on n’est pas parvenu à mettre en rapport l’accessibilité à l’hypnose avec une autre qualité de l’individu. Une seule chose est exacte : les malades mentaux et les dégénérés ne sont, la plupart du temps, pas hypnotisables, les neurasthéniques ne le sont que très difficilement; il est inexact que les hystériques ne soient pas aptes à l’hypnose. C’est bien plutôt chez ces derniers justement que l’hypnose apparaît à la suite d’interventions d’ordre purement physiologique et avec tous les signes d’un état corporel particulier.

Il est important de se faire une opinion provisoire sur l’individualité psychique d’un malade que l’on veut soumettre à l’hypnose, mais, pour cela, on ne peut précisément pas établir de règle générale. Mais il est évident qu’il n’est pas avantageux de commencer un traitement médical par l’hypnose et qu’il vaut mieux, tout d’abord, gagner la confiance du malade et laisser sa méfiance et sa critique s’émousser. Qui dispose en tant que médecin ou hypnotiseur d’une grande réputation peut toutefois se dispenser de ces préliminaires.

Contre quelles maladies doit-on faire usage de l’hypnose ? Des indications sont ici plus difficiles à poser que pour d’autres méthodes thérapeutiques, étant donné que la réaction individuelle joue, lors de la thérapeutique hypnotique, un rôle presque aussi grand que la nature de la maladie à combattre. En général, on évitera d’attaquer par l’hypnose les symptômes qui ont un fondement organique et l’on n’utilisera cette méthode que pour lutter contre des troubles nerveux purement fonctionnels, des maux d’origine psychique et des accoutumances toxiques ou autres. Mais l’on se persuadera que bien des symptômes de maladies organiques sont accessibles à l’hypnose et que l’altération organique peut exister sans le trouble fonctionnel qui en découle, Vu l’aversion présente à l’endroit du traitement hypnotique, on est rarement amené à utiliser l’hypnose sans avoir auparavant essayé sans succès toutes les autres thérapeutiques. Cela a du bon, car on apprend de cette manière quel est le véritable champ d’action de l’hypnose. On peut naturellement hypnotiser aussi à des fins de diagnostic différentiel, par exemple quand on est dans le doute sur l’appartenance de certains symptômes à l’hystérie ou à une maladie nerveuse organique. Mais cette épreuve n’a quelque valeur que dans le cas d’un résultat favorable.

Quand on connaît bien son malade et qu’on a établi le diagnostic, se pose la question de savoir si on va entreprendre l’hypnose en tête-à-tête ou si on fait appel à une personne de confiance. Cette mesure serait souhaitable autant pour protéger les malades de l’abus de l’hypnose que pour protéger le médecin contre l’accusation d’un tel abus. Et l’un et l’autre se sont produits ! Mais une telle mesure ne peut être généralisée. La présence d’une amie, du mari ou d’une autre personne perturbe souvent la malade très gravement et réduit incontestablement l’influence du médecin, par ailleurs le contenu de la suggestion, devant être donné dans l’hypnose, n’est pas toujours propre à être communiqué à d’autres personnes proches de la malade. L’appel à un second médecin n’aurait pas cet inconvénient, mais il complique la conduite du traitement au point de la rendre impossible dans la majorité des cas. Comme ce qui importe avant tout au médecin, c’est de faire, par l’hypnose, œuvre utile, il renoncera, dans la plupart des cas, à faire appel à une tierce personne et il ajoutera le danger évoqué plus haut à tous ceux qui sont inhérents à l’exercice de la profession médicale. Mais la malade se protégera elle-même, en ne se laissant pas hypnotiser par un médecin qui ne lui paraît pas digne de sa plus totale confiance [NDLR : tout cela vaut encore de nos jours…].

Par contre, il est d’une grande importance que la malade à hypnotiser voie d’autres personnes sous hypnose, qu’elle sache par la voie de l’imitation, comment elle a à se comporter et qu’elle apprenne par d’autres en quoi consistent les sensations de l’état hypnotique. A la clinique de Bernheim et à la consultation de Liébeault à Nancy, où chaque médecin peut recueillir des éclaircissements sur les effets dont l’influence hypnotique est capable, l’hypnose n’est jamais conduite en tête-à-tête. Chaque malade, qui arrive pour sa première séance d’hypnose, regarde un temps le spectacle des malades plus anciens qui s’endorment, qui pendant l’hypnose obéissent et qui, après le réveil, reconnaissent que leurs symptômes morbides ont disparu. Il entre par là dans un état de disponibilité psychique qui le fait sombrer, lui aussi, dans une hypnose profonde dès que vient son tour. L’inconvénient de ce procédé, c’est que les maux de chaque sujet sont commentés devant une grande assemblée, ce qui ne conviendrait pas à des malades de meilleure condition. Un médecin, qui souhaite guérir par l’hypnose, devrait toutefois ne pas renoncer à cette puissante influence auxiliaire et, aussi souvent que possible, laisser la personne à hypnotiser assister d’abord à un ou plusieurs essais hypnotiques réussis.

Si l’on ne peut pas s’attendre à ce que le malade s’hypnotise lui-même par imitation dès qu’on lui en donnera le signal, on a alors le choix pour amener le malade en état d’hypnose entre différents procédés, qui tous ont en commun de rappeler l’endormissement par certaines sensations corporelles. La meilleure manière de procéder est la suivante : on installe le malade sur un siège confortable, on le prie d’être tout à fait attentif et, désormais, de ne plus parler, étant donné qu’en parlant il mettrait obstacle à l’endormissement. Quelques pièces du vêtement éventuellement gênantes sont enlevées et les autres personnes sont reléguées dans une partie de la pièce où elles ne peuvent être vues du malade. On fait l’obscurité dans la pièce, on veille au calme. Après ces préliminaires, on s’assied en face du patient et on l’invite à fixer deux doigts de la main droite du médecin, tout en faisant très attention aux sensations qui vont se développer.

Après très peu de temps, une minute environ, on commence, on persuade le malade qu’il éprouve les sensations de l’endormissement, par exemple : « Je vois bien que cela va vite avec vous, votre visage a déjà pris une expression figée, votre respiration est devenue plus profonde, vous voilà tout à fait calme, vos paupières sont lourdes, vos yeux papillotent, vous ne voyez plus distinctement, à l’instant vous allez être forcé de déglutir, puis vos yeux se fermeront et vous dormirez. »

Avec de tels propos et d’autres, similaires, on se trouve déjà en plein « processus de suggestion », selon le nom qu’on donne aux paroles de persuasion pendant l’hypnose. Mais l’on ne suggère que des sensations et des processus moteurs, tels qu’ils apparaissent spontanément au cours de l’endormissement hypnotique. On peut s’en convaincre si l’on a devant soi une personne que l’on peut faire entrer en hypnose rien qu’en la fixant (méthode de Braid), chez laquelle par conséquent la fatigue des yeux, lors d’une attention très soutenue et soustraite à toutes les autres impressions, entraine cet état ressemblant au sommeil. Son visage prend tout d’abord une expression figée, sa respiration devient plus profonde, ses yeux s’humectent, papillotent à maintes reprises, un ou plusieurs mouvements de déglutition interviennent, finalement les pupilles se placent en haut et en dedans, les paupières s’abaissent et l’hypnose est là. Le nombre de semblables personnes est très important ; remarque-t-on que l’on a devant soi l’une d’entre elles, on fera bien de se taire ou de ne recourir qu’occasionnellement à la suggestion. Sinon l’on ne ferait que perturber la personne qui s’hypnotise elle-même et, au cas où la succession des suggestions ne correspondrait pas au déroulement effectif de ses sensations, mobiliser son opposition. Pourtant, en général, on a intérêt à ne pas attendre le développement spontané de l’hypnose, mais bien le favoriser par les suggestions. A condition, alors, qu’elles soient dispensées avec énergie et suivant une succession rapide. Il ne faut pas, en quelque sorte, que le patient puisse reprendre ses esprits, qu’il ait le temps d’examiner si ce qu’on vient de lui dire est également exact. On n’a pas besoin de plus de deux à quatre minutes pour que les yeux se ferment ; s’ils ne sont pas fermés spontanément, on les lui ferme, sans se montrer étonné ou dépité, du manque de fermeture spontanée des yeux. Si, maintenant, les yeux sont fermés, on aura atteint un certain degré d’influence hypnotique. C’est cela qui est le facteur déterminant pour toute la suite.

Une des deux possibilités vient en effet de se produire. La première : le patient a vraiment été mis en état d’hypnose en fixant et en entendant les suggestions, et alors il se comporte calmement après la fermeture des yeux ; on éprouve encore son degré de catalepsie, on lui dispense la suggestion qu’exige son mal et on le réveille à temps. Après le réveil, ou bien il est amnésique, c’est-à-dire qu’il a été durant l’hypnose « somnambule », ou bien il conserve tous ses souvenirs et renseigne sur ses sensations au cours de l’hypnose. Il n’est pas rare qu’apparaisse sur ses traits un sourire, après qu’on lui ait fermé les yeux. Le médecin ne devrait pas -s’en fâcher ; cela signifie simplement, en règle générale, que l’hypnotisé est encore en mesure de porter lui-même un jugement sur son état et le trouve étrange, bizarre. Ou encore deuxième possibilité : il n’y a eu aucune influence ou seulement une influence minime, tandis que le médecin se comportait comme s’il était en présence d’une hypnose réussie. Que l’on se représente alors l’état psychique du patient. Au début des préparatifs, il a promis de rester calme, de ne plus parler, de ne manifester aucun signe d’approbation ou d’opposition ; il remarque maintenant que sur la base de ses assentiments il s’est laissé persuader qu’il était hypnotisé, il s’en irrite, se sent mai à l’aise de ne pouvoir extérioriser cela, redoute bien aussi que le médecin lui applique trop rapidement la suggestion parce qu’il le tient pour hypnotisé tandis qu’il ne l’est pas. Et l’expérience montre alors qu’il ne tient pas le pacte qu’on a conclu avec lui parce qu’il n’est pas vraiment hypnotisé. Il ouvre les yeux et la plupart du temps dit avec agacement : « Mais je ne dors pas du tout. » Le débutant donnerait maintenant l’hypnose pour perdue, mais celui qui a de la pratique ne perd pas contenance. Il réplique, sans être fâché le moins du monde, en lui fermant encore une fois les yeux : « Restez calme, vous avez promis de ne rien dire. Je sais bien que vous ne « dormez » pas. D’ailleurs ce n’est pas du tout ce qu’on vous demande. A quoi cela rimerait-il que je me contente de vous endormir ; mais vous ne me comprendriez pas quand je parle avec vous. Vous ne dormez pas, mais vous êtes hypnotisé, vous êtes sous mon influence ; ce que je vous dis, maintenant fera sur vous une impression particulière et vous sera utile. » Après ces éclaircissements, le malade habituellement se calme, on lui applique la suggestion, on se dispense provisoirement de rechercher les signes corporels de l’hypnose, et la plupart du temps on verra, après la répétition réitérée de cette soi-disant hypnose, surgir également quelques-uns des phénomènes somatiques qui caractérisent l’hypnose.

Dans de nombreux cas de cette espèce, on ne saura jamais si l’état qu’on a provoqué mérite le nom d’hypnose. Mais on aurait tort de vouloir limiter l’application de la suggestion à ces autres cas dans lesquels le patient devient somnambule ou sombre dans un profond degré d’hypnose. On peut dans de tels cas, qui, à vrai dire, n’ont de l’hypnose que l’apparence, obtenir les succès thérapeutiques les plus étonnants, auxquels par ailleurs on ne peut parvenir par la « suggestion à l’état de veille » Il faut donc bien, ici -encore, qu’il s’agisse d’une hypnose qui, à dire vrai, ne se voit assigner d’autre but que les effets obtenus en elle par la suggestion.

Mais si, après des essais répétés (trois à six), on n’obtient ni un présage de succès ni l’un des signes somatiques de l’hypnose, on ne poussera pas plus loin la tentative. Bernheim et d’autres ont distingué plusieurs degrés d’hypnose, dont la nomenclature est pour le praticien de peu de valeur.

Une seule chose est d’une importance déterminante, c’est que le malade soit devenu ou non somnambule, c’est-à-dire que l’état de conscience créé dans l’hypnose tranche si nettement avec l’état habituel qu’au réveil le souvenir de ce qui s’est produit pendant l’hypnose fait défaut. Dans ces cas, le médecin peut démentir, avec une grande fermeté, les douleurs ou autres symptômes existant dans la réalité, fermeté à laquelle il ne parvient habituellement pas s’il sait que le malade lui dira après quelques minutes : « Quand vous avez dit que je n’avais plus de douleurs, je les avais quand même et je les ai toujours. » L’effort de l’hypnotiseur tend à s’éviter de telles contradictions qui ne peuvent manquer d’ébranler son autorité. Il serait donc de la plus grande importance pour la thérapeutique d’être en possession d’un procédé qui permettrait de mettre quiconque en état de somnambulisme. Ce procédé n’existe malheureusement pas. Le défaut essentiel de la thérapeutique hypnotique c’est de n’être pas dosable. Le degré d’hypnose accessible ne dépend pas du procédé du médecin, mais de la réaction fortuite du patient. Il est également très difficile d’approfondir l’hypnose dans laquelle sombre un malade; mais cela se produit en général grâce à une fréquente répétition des séances.

Si l’on n’est pas satisfait de l’hypnose obtenue, on recherchera, lors des répétitions, d’autres méthodes qui, souvent, ont un effet plus fort ou dont l’effet se prolonge, alors que l’influence du procédé utilisé précédemment s’est affaiblie. Ces procédés sont les suivants : passer pendant cinq à dix minutes sans s’arrêter les deux mains sur le visage et le corps du patient, ce qui a un effet étonnamment apaisant et assoupissant, suggestionner pendant le passage d’un courant galvanique faible, qui fait naître une sensation gustative précise (l’anode en large bandeau sur le front, la cathode en bracelet au poignet), à l’occasion de quoi l’impression d’être enchaîné et la sensation galvanique concourent à l’hypnose de façon essentielle. On peut s’inventer à son gré des procédés analogues pour peu qu’on ne perde pas des yeux ce but : faire naître par association de pensées l’image de l’endormissement et fixer l’attention par une sensation invariable. La valeur curative propre à l’hypnose réside dans la suggestion que l’on applique au cours de celle-là. Cette suggestion consiste à dénier énergiquement les souffrances dont le malade s’est plaint ou à assurer qu’il pourrait faire quelque chose ou à lui ordonner de l’exécuter. On obtient un effet beaucoup plus puissant que la simple assurance ou la simple dénégation en reliant la guérison attendue à une action ou une intervention au cours de l’hypnose, par exemple : « Vous n’avez plus de douleurs à cet endroit, j’appuie dessus et la douleur est partie. » Passer les mains et appuyer sur la partie malade du corps au cours de l’hypnose est de toute façon un soutien remarquable de la suggestion verbale. On ne se dispensera pas non plus d’éclairer l’hypnotisé sur la nature de ses souffrances, de justifier à ses yeux l’arrêt de ses souffrances, etc. [NDLR : comme en Hypnose Humaniste !] car la plupart du temps on n’a pas devant soi un automate psychique, mais un être doué de critique et de jugement, sur lequel la situation présente nous permet seulement d’exercer plus d’influence que dans son état de veille. Lors d’une hypnose imparfaite, on évitera de laisser parler le patient; cette extériorisation motrice disperse le sentiment d’engourdissement que l’hypnose lui garantit et le réveille. Les personnes somnambules, on les laisse, sans s’inquiéter, parler, marcher, travailler, et l’on obtient l’influence psychique la plus étendue en -les interrogeant en cours d’hypnose sur leurs symptômes et l’origine de ceux-ci.

Par la suggestion, on requiert soit un effet immédiat, et ceci en particulier lors du traitement de paralysies, contractures et autres, soit un effet post-hypnotique, c’est-à-dire une action que l’on fixe à une heure déterminée après le réveil. Pour toutes les souffrances opiniâtres, on a grand avantage à intercaler une telle période d’attente (toute une nuit même) entre la suggestion et son accomplissement. L’observation des malades montre que les impressions psychiques ont, en règle générale, besoin d’un certain temps, temps d’incubation, pour provoquer une modification physique (cf. Névrose traumatique). On dispensera chaque suggestion isolée avec la plus grande fermeté, car chaque indice de doute sera remarqué par l’hypnotisé et exploité défavorablement; avant tout, on ne laissera aucune contestation se faire jour et l’on se référera, si l’on s’y croit autorisé, au pouvoir que l’on détient de faire naître catalepsie, contractures et autres.

On règlera la durée d’une hypnose en fonction des nécessités pratiques; une hypnose d’un temps assez long, allant jusqu’à plusieurs heures, n’est absolument pas défavorable au succès. Le réveil est déclenché par cet appel : « Ça va pour aujourd’hui » et autres formules. On ne négligera pas, lors des premières hypnoses, d’assurer qu’on se réveillera sans maux de tête, frais et dispos. Toutefois’, on peut observer que de nombreuses personnes se réveillent, même après des hypnoses légères, la tête lourde, et fatiguées, quand la durée de l’hypnose a été trop brève. Elles ont, pour ainsi dire, encore sommeil.

La profondeur de l’hypnose n’est pas dans chaque cas en rapport direct avec son succès. On peut, dans les hypnoses les plus légères, provoquer de grandes modifications et, par contre, éprouver un échec dans le somnambulisme. Si le succès souhaité n’intervient pas après un petit nombre d’hypnoses, un autre aspect fâcheux inhérent à cette méthode se manifeste. Tandis qu’aucun malade n’a le droit de s’impatienter lorsque la vingtième séance électrique ou la vingtième bouteille d’eau minérale n’a pas encore apporté de guérison, il est de fait que, lors d’un traitement hypnotique, médecin et patient se fatiguent beaucoup plus tôt, par suite du contraste entre les suggestions intentionnellement maintenues en rose et la grise réalité. Des malades intelligents peuvent, ici encore, rendre au médecin la tâche plus facile, dès qu’ils ont compris qu’au cours de l’application de la suggestion le médecin joue en quelque sorte un rôle, et qu’ils ont d’autant plus avantage à attendre que le médecin nie plus énergiquement la souffrance. Dans chaque traitement hypnotique poursuivi, il faut éviter soigneusement de se montrer monotone. Il faut que le médecin invente constamment une nouvelle amorce pour sa suggestion, une nouvelle preuve de sa puissance, une nouvelle variante de la procédure hypnotique. Cela représente pour lui, qui peut-être doute intérieurement du succès, une fatigue considérable et finalement épuisante.

Il ne fait aucun doute que le domaine de la thérapeutique par l’hypnose dépasse très largement celui des autres méthodes curatives des maladies nerveuses. Le reproche selon lequel l’hypnose n’est capable d’influencer que les symptômes et ceci seulement pour peu de temps, est également injustifié. Si la thérapeutique par l’hypnose s’attaque seulement aux symptômes et non aux processus morbides, elle suit justement la même voie que celle que sont forcées d’emprunter les autres thérapeutiques.

Si l’hypnose a eu du succès, le maintien de la guérison dépend des mêmes facteurs que ceux de toute guérison obtenue d’autre manière. S’il s’est agi des séquelles d’un processus éteint, la guérison sera durable; si les causes qui ont engendré les symptômes de la maladie continuent à agir avec une vigueur intacte, la récidive est vraisemblable. En aucun cas, l’utilisation de l’hypnose n’exclut celle d’une autre thérapeutique éventuelle, diététique, mécanique etc. Dans une série de cas où les manifestations de la maladie sont d’origine purement psychique, l’hypnose satisfait à toutes les exigences que l’on peut avoir à l’égard d’une thérapeutique causale, et en interrogeant et calmant le malade sous hypnose profonde on obtient la plupart du temps le plus brillant des succès.

Tout ce qui a été dit et écrit sur les grands dangers de l’hypnose est du domaine de la fable. Si l’on excepte l’emploi abusif de l’hypnose à des fins illicites, possibilité existant pour tout autre moyen thérapeutique efficace, il reste encore tout au plus à tenir compte de la tendance qu’ont des personnes gravement malades des nerfs, hypnotisées à plusieurs reprises, à tomber en hypnose également de façon spontanée. Le médecin est en mesure d’interdire aux malades ces hypnoses spontanées qui, cependant, ne devraient apparaître que chez des individus très réceptifs. Les personnes dont la réceptivité va si loin qu’elles peuvent être hypnotisées malgré elles, on les protège également d’une manière à peu près satisfaisante en leur suggérant que seul leur médecin est en état de les hypnotiser. »

Sigmund Freud

1891

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L’HYPNOSE HUMANISTE

Évolution…

IFHE, mai 2005

Un message de Patricia D’Angeli-Lockert

 

Hypnose Humaniste, Olivier Lockert, IFHE EditionsL’Hypnose telle que la pratique Olivier Lockert méritait une appellation nouvelle. L’esprit en imprégnait déjà le livre « Hypnose ». Vous l’avez vraiment découverte dans ses livres, « HypnoPoches » ou « Créateurs de Réalité ». Patricia d’Angeli-Lockert vous en parle…

« Il était temps de mettre les choses au point. Cela fait maintenant 10 ans que je vois Olivier enseigner, que je suis à ses côtés, que je remarque son évolution constante en matière d’enseignement et de contenu de ses cours ; dix années que je vois ses élèves changer, en l’espace d’une formation de quelques jours… Et quand je dis « changer », c’est changer de vie, positiver, faire des projets et réaliser des miracles au quotidien. Je les entends me raconter des histoires, les histoires de leurs vies devenues brillantes et merveilleuses, les histoires de leurs succès en matière de thérapie ou de coaching, succès qui défient parfois toute psychologie ou médecine moderne.

Une hypnose mutante

Cela fait également 10 ans que je vois certains de ses anciens élèves, un peu déboussolés parfois, confondre les différents types d’hypnose qu’Olivier leur a appris et attribuer à Erickson des outils qui ne sont pas les siens… Car en enseignant l’Hypnose, Olivier transmet aussi une hypnose mutante, d’un nouveau genre. Parce que Milton Erickson, aussi fabuleux fut-il, avait, rappelons-le, son propre style, ses propres outils, ses propres pensées – celle de son temps, les années 1930 à 1960.

L’Hypnose qu’enseigne Olivier est parfois bien différente. Elle est adaptée à notre temps et à nos manières actuelles de voir et de vivre notre vie moderne.

Des écoles commencent à fleurir, pratiquement toutes créées par d’anciens élèves d’Olivier qui enseignent l’Hypnose dans une totale ignorance, semble-t-il, de ce qu’ils font. Comment rappeler alors ce qui fait la différence entre l’Hypnose Classique (1840…), l’Hypnose Ericksonienne (1930…), telle qu’on peut l’apprendre dans les livres d’Erickson, la Nouvelle Hypnose (1979…) et l’Hypnose que leur a enseigné Olivier (1995…), bien plus vaste et en constante évolution ? Ils attribuent parfois même le savoir et l’innovation qu’Olivier leur a apporté à Erickson. Flatteuse référence, malheureusement historiquement fausse !

Cela fait bien plus de 10 ans qu’Olivier et moi travaillons à vulgariser l’Hypnose, au sens large, auprès des médias et du grand public. La télévision, la presse, ont été conquises par le potentiel d’une hypnose nouvelle norme – vous aussi, sans doute. Mais sous l’appelation « Hypnose Ericksonienne » actuellement en vogue, est-ce vraiment l’aspect médical et psychiatrique qui vous a séduit ?… Ou plutôt l’intuition d’un certain humanisme, la découverte de vous-même, un élan qui va bien au-delà des contingences matérielles ?

Seul Erickson pratiquait l’Hypnose Ericksonienne… Nous ne pouvons que l’imiter ou, voie plus courageuse, créer notre propre façon de penser – ce qu’à fait Olivier, ainsi que la plupart des grands praticiens de ce que l’on a nommé : Nouvelle Hypnose (Araoz, 1979). L’utilisation des outils hypnotiques d’Erickson, dans un esprit plus large de Développement Personnel.

Pour aller plus loin encore…

Il était donc temps de remettre les choses au point, en affinant et décortiquant le savoir-faire d’Olivier, sa façon d’enseigner toute particulière, mais également de définir le contenu de ses enseignements. Nous parlons depuis 10 ans d’Hypnose Ericksonienne, de Nouvelle Hypnose, de PNL… Voyons les cours d’Olivier : ils contiennent bien évidemment tous ces outils, issus de son apprentissage avec les pionniers de l’approche éricksonienne et de la PNL, rigoureusement retranscrits afin de préserver leur nature et leur force… Soyons encore plus observateurs, maintenant. Oui, il y a bien sûr cette touche personnelle, incomparable et bien présente, fruit de 20 ans de pratique de l’Hypnose sous toutes ses formes, qui fait de chaque formation qu’Olivier anime un véritable évènement dans la vie de chacun de ses stagiaires. Un esprit, un souffle qui emporte les participants plus loin encore qu’ils ne l’auraient cru de prime abord en commençant une simple « formation professionnelle ».

Certains appellent cela « Hypnose Lockertienne », car cette hypnose n’existe nulle part ailleurs que chez Olivier. Elle transpire son enseignement d’outils plus anciens, plus subtils, plus essentiels et plus élevés. Elle transcende les connaissances d’Erickson, de Bandler, Grinder et autres maîtres en la matière et nous touche au cœur. Elle est unique, propre à Olivier.

Avec l’humilité que je lui ai toujours connue, Olivier a refusé le nom de « lockertienne » et c’est presque spontanément que le terme « humaniste » est venu aux lèvres des personnes qui connaissent Olivier. Voilà comment est née l’Hypnose… Humaniste !

L’Hypnose Humaniste

L’Hypnose Humaniste est bien une nouvelle pratique, fruit de l’assemblage des « anciennes » hypnoses, type Classique, Médicale, Ericksonienne, Nouvelle Hypnose, PNL et autres thérapies brèves (Palo Alto, etc.), mais aussi d’un savoir-faire ancestral qui dépasse les théories et n’avait jamais vraiment été formalisé – en Hypnose, du moins. Olivier a l’habitude de dire que la technique est pour 30% de ce que l’on fait en pratique. Alors, en plus de ses 30% de particularités techniques, de quoi peuvent bien être fait les 70% de l’Hypnose Humaniste ? J’y ai vu l’expression de la créativité naturelle d’Olivier, issue de profondes recherches personnelles dans le domaine de l’évolution humaine, à l’image de son fameux roman « Core Gem« . J’y vois aussi une vaste capacité de perception du fonctionnement de la Vie – au-delà même du genre humain. Une façon de donner à chacun la responsabilité de notre avenir à tous. J’y vois un souci constant du détail, du plaisir de chacun et un profond respect de tous…

L’Hypnose d’Erickson nous a apporté les techniques du Changement appliquées à la Santé ; les élèves et successeurs d’Erickson ont réussi à transposer ces outils dans le domaine de la Qualité de Vie. Il restait à oser faire un grand pas vers l’Esprit, l’unification de la Conscience, car voilà le pari de l’Hypnose d’Olivier : volatiliser la barrière entre conscient et inconscient et nous permettre de devenir des êtres plus aboutis, dotés d’une Conscience majuscule. Pour nous, bien sûr, et ceux avec lesquels nous partageons notre existence, et puis aussi pour l’avenir de nos enfants, à qui nous ne faisons qu’emprunter cette terre.

Je suis fière d’être aux côtés d’Olivier depuis ses 10 ans d’enseignement de l’hypnose, dix années de préparation et d’affinage, on pourrait parler de gestation. Je suis fière d’être à ses côté pour la naissance, la co-naissance de son nouveau bébé : l’HYPNOSE HUMANISTE.

Plus qu’une évolution, comme un rêve… Une Révolution !

Patricia d’Angeli-Lockert

IFHE, Paris

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HYPNOSE ERICKSONIENNE
OU HYPNOSE HUMANISTE ?

Un article d’Olivier Lockert

IFHE, juillet 2010

 

L’IFHE vous offre la possibilité de vous former à toutes les formes d’Hypnose. Vous les découvrirez d’ailleurs toutes durant les 15 premiers jours de formation, afin de vous aider à choisir votre future orientation.

Certains de nos élèves ne choisissent ainsi que de pratiquer l’Hypnose Ericksonienne – ou bien l’Hypnose Humaniste, selon leur goût. D’autres préfèrent apprendre les deux formes et couvrir de cette manière un champ d’applications bien plus vaste. En fait, ce choix ne tient qu’à vos préférences personnelles.

Voyons toutefois quelques clés pour vous aider dans votre choix…

 

QUE CHOISIR ?
Tous les thérapeutes ont donc leur manière à eux de pratiquer : les uns seront exclusivement « éricksoniens » et ne jureront que par cette approche (ils sont rares, aujourd’hui). Les plus nombreux pratiquent la « nouvelle hypnose », c’est-à-dire qu’ils utilisent les outils de l’hypnose de Milton Erickson, améliorés et adoucis, dans un cadre moderne, incluant des structures issues de la PNL ou d’autres approches. D’autres encore ne jurent que par l’hypnose humaniste, tellement ils sont habitués à aider leurs patients à travailler en ouverture de conscience, donc en collaboration avec la personne – il ne leur prendrait pas de l’endormir et la laisser repartir, certes soignée, mais identique à ce qu’ellle était avant. Enfin, il y a bien évidemment les thérapeutes qui utilisent toutes les formes d’hypnose : classique, éricksonienne ou « nouvelle » et, bien sûr, humaniste.

En tant qu’Enseignant de ces diverses formes d’Hypnose, je vais tâcher de vous présenter de manière factuelle les différences entre les deux cursus de formation : le « Praticien 2 en Hypnose Ericksonienne » vs le « Praticien 2 en Hypnose Humaniste ».

Une base commune… Deux mondes différents.
A l’IFHE, tout le monde commence la formation à égalité, que l’on soit débutant ou professionnel, déjà du métier ou totalement novice. Nous avons formé des professionnels de longue date, auteurs parfois reconnus et même d’autres enseignants en PNL ou en Hypnose, et tous ont été ravis de leur formation…
Les niveaux « Technicien » et « Praticien 1 » sont donc des formations générales à toutes les formes d’hypnose : inductions hypnotiques de toutes sortes, y compris celles de l’hypnose classique et de l’hypnose humaniste, techniques de langage de Milton Erickson, suggestions hypnotiques communes aux diverses formes, structures thérapeutiques PNL, etc.

Cette formation de base est indispensable à tous les hypnothérapeutes ou coachs utilisant l’hypnose.
Ce n’est qu’après ces 15 jours de formation intensive que l’on s’aventure sur le chemin qui semble mieux convenir à notre personnalité : « éricksonien » ou « humaniste ».

Bien que certaines personnes peuvent se permettre de suivre les deux spécialisations en même temps, la plupart aura à faire un choix. Plus tard, après avoir suivi la formation qui nous aura attiré, il sera toujours temps de décider si on souhaite (par gourmandise ?) continuer sur l’autre branche, histoire de « savoir tout faire ».

En effet, les deux mondes sont très différents : les éricksoniens pratiquent exclusivement la thérapie, alors que les humanistes peuvent exercer autant en thérapie qu’en psychothérapie.

~oOo~

THÉRAPIE OU PSYCHOTHÉRAPIE ?

C’est en comprenant ce qui vous attire le plus que vous saurez quelle voie prendre. Erickson était médecin psychiatre. Sa façon de pratiquer reflète son métier : c’était un prodigieux « mécanicien » de l’Inconscient ! En Hypnose Ericksonienne, vous apprendrez, comme lui, à soigner nombre de troubles. C’est cela, la thérapie.

Il y a quelques années, j’ai décidé de (re)parcourir l’œuvre d’Erickson en notant toutes les sortes de roubles et problèmes qu’il racontait avoir soigné. Mon objectif était de savoir réellement ce que l’on pouvait soigner ou non en Hypnose Ericksonienne. 

La formation en Hypnose Ericksonienne de l’IFHE inclut ainsi la « Nouvelle Hypnose » et ses techniques thérapeutiques, afin d’aller plus loin encore que Milton Erickson. La gamme de problèmes que vous saurez aider à la suite de votre formation HE dépasse ce qu’Erickson lui-même a jamais fait. Mais cela restera toujours dans le cadre de la thérapie.

– Qu’est-ce donc que la thérapie ?

Dans le domaine de la psychologie, on appelle « thérapie » le fait de soigner quelqu’un, de l’aider à guérir d’un trouble psychologique, sans médicament, simplement par l’utilisation de la parole et de l’esprit de la personne (son Inconscient).

Imaginez que vous soyez tout carré et tout bleu. Cela vous plaît bien d’être comme cela, mais il se trouve que vous vous êtes fait mal (dépression, angoisses, phobie, compulsion, etc.). Et depuis, vous souffrez. Si ce mal est psychologique, émotionnel, un hypnothérapeute peut vous aider à aller mieux, sans changer ce que vous êtes.

Le thérapeute va vous aider à retrouver votre forme première, un peu comme un carrossier qui redresse l’aile emboutie de la voiture et lui redonne l’aspect du neuf. Vous voilà guéri, la vie peut reprendre son cours habituel !

En Hypnose Ericksonienne et en Nouvelle Hypnose (Prat2 HE), on fait de la thérapie : on aide les gens à arrêter de fumer, perdre du poids, stopper leurs phobies, leurs compulsions, etc. 

L’hypnothérapeute qui a suivi le « Praticien 2 en Hypnose Ericksonienne » est un thérapeute avant tout : il aide les gens cassés, abimés par la vie, à aller mieux ! Les personnes aidées peuvent, bien sûr, avoir appris des choses de leurs mésaventures et grâce à leur thérapie, mais c’est une conséquence secondaire pour l’hypnothérapeute éricksonien. Comme le dit le célèbre adage de l’hypnose éricksonienne et de la PNL : « Le pourquoi ? On s’en fiche ! Comment aller mieux, voilà ce qui compte ! »

– Qu’est-ce donc que la psychothérapie ?

Rappelons d’abord que la récente loi française sur l’usage du titre de « psychothérapeute » ne réglemente que l’utilisation d’un nom : « psychothérapeute », et non la pratique de la « psychothérapie ». Vous pouvez donc légalement pratiquer la psychothérapie sans être « psychothérapeute » – tout comme vous pouvez pratiquer la psychologie sans être « psychologue » – mais vous n’avez le droit légal de porter le titre de « psychothérapeute » ou de « psychologue » que si vous avez fait les études nécessaires.

En hypnose, nous ne sommes de toute façon pas concernés par cette loi, car nous sommes depuis toujours « hypnothérapeutes », ce qu’aucune loi ne restreint ou réglemente. De plus, comme vous le savez sans doute, c’est le Prof. Bernheim qui a vulgarisé le terme « psychothérapie » à partir de 1891 afin de désigner la pratique thérapeutique de l’Hypnose. Les hypnothérapeutes sont donc les premiers et plus légitimes praticiens de la psychothérapie.

Ainsi, c’est la qualité de notre formation qui fait de nous de bons professionnels (rappelons aussi, en passant, que la loi française n’oblige pas les « psychothérapeutes » à apprendre une quelconque technique de soin psychologique : ils ne sont obligés qu’à obtenir un diplôme en psychopathologie, c’est tout. Ils savent donc faire des diagnostics, mais n’ont aucune obligation de savoir soigner la personne. Ceux qui souhaitent aller jusque-là doivent se débrouiller, la loi ne prévoyant rien pour cela…).

Bref, en psychologie, on appelle « psychothérapie » le fait de soigner quelqu’un, de l’aider à guérir d’un trouble psychologique, sans médicament, simplement par l’utilisation de la parole et de l’esprit de la personne (son Inconscient) ET en faisant évoluer ce qu’est profondément la personne.

La base semble donc identique : en thérapie comme en psychothérapie, on aide les gens à guérir. Pourtant, le petit plus de la psychothérapie fait beaucoup de différence : la première personne (thérapie) a guéri sans changer ce qu’elle est, alors que la seconde personne (psychothérapie) aura appris de son aventure, sera devenue autonome et aura « grandi » en plus de guérir.

Imaginez que vous soyez tout carré et tout bleu. Mais cela ne vous plaît pas d’être comme cela : ça vous fait même du mal ! Vous souffrez d’être comme vous êtes. Votre vie – depuis l’enfance, souvent – vous a forgé de telle manière que vous allez certes très bien, d’un point de vue mécanique, mais pourtant vous vous sentez si mal que vous sombrez dans les pires souffrances émotionnelles, des dérèglements psychologiques jusqu’aux envies de suicide.

Ici, le thérapeute va vous aider à faire évoluer votre « forme » première. C’est un peu comme si on ouvrait votre Inconscient pour examiner chaque morceau un par un, nettoyer les petites pièces, en changer certaines, et tout remonter ensuite. Vous voilà guéri, rond, doré et souriant, et la vie est désormais bien plus belle qu’avant !

En Hypnose Humaniste (Prat2 HH), on peut simplement faire de la thérapie, tout comme en Hypnose Ericksonienne – bien que ce soit d’une manière différente. Mais la particularité de cette forme d’hypnose « en Conscience » (pas la conscience ordinaire, mais l’état élargi de perception et de compréhension) fait qu’il devient possible d’aider aussi la personne à « prendre conscience », justement, de ce qui cloche en elle – ce qui lui était impossible jusque-là – puis d’être guidée par le thérapeute pour soigner, faire grandir et évoluer ce qu’elle est fondamentalement. C’est toute la personne qui change, en plus de guérir !

En Hypnose Humaniste, le « pourquoi », le sens des choses est important, pour apprendre, guérir profondément et grandir.

~oOo~

Alors, quel est le mieux ?

Comme je vous le disais tout au début de cet article, il n’y a pas de réponse toute faite, à commencer par le fait qu’aucune forme d’Hypnose n’est « mieux » qu’une autre.
Durant la première partie de votre formation (« Technicien » et « Praticien 1 »), vous pratiquerez un peu de toutes les formes d’hypnose, thérapie et psychothérapie (et même coaching). Vous pourrez donc choisir en toute connaissance de cause la branche qui vous convient le mieux :

« thérapie-Prat2 HE », pour être au contact des problèmes simples de la vie quotidienne et aider beaucoup de gens à aller mieux (arrêter de fumer, perdre du poids, soigner des troubles compulsifs, surmonter un traumatisme, aider pour un deuil, etc.)

« thérapie+psychothérapie-Prat2 HH », pour aider en plus des personnes souffrant « dans leur vie » (problèmes relationnels et/ou de couple, problèmes liés à l’enfance, à l’éducation, mal-être, angoisses, etc.).

On peut soigner une phobie, aider à perdre du poids ou arrêter de fumer, et tout ce genre de choses, sans demander à la personne de changer ce qu’elle est – si sa vie lui convient par ailleurs. Mais il est évident que dans les cas où la personne développe un dépression suite à un deuil, une promotion professionnelle refusée, une vie de couple chaotique ou amoindrissante pour l’un/e des partenaires, ou si elle souffre de dépression grave, d’un mal-être général… ici, il sera impossible de seulement enlever le mal, en gardant la vie comme elle est, car c’est la vie qui a créé le mal : c’est donc la manière d’être et de vivre qu’il faudra faire évoluer. On est très loin du simple soin thérapeutique.

Le monde a besoin de professionnels de la thérapie, autant que de professionnels de la psychothérapie.
Comme je vous le disais plus haut, personnellement je pratique autant la thérapie que la psychothérapie, selon les cas et les circonstances. Je suis avant tout un thérapeute : quelqu’un qui aide les gens à se reconstruire, à soigner leur mal. Je pratique donc majoritairement la thérapie (en Ericksonien comme en Humaniste).
Et, lorsque je perçois durant la rencontre avec la personne qu’elle aurait vraiment besoin d’un travail profond sur elle, sur la structure et l’équilibre même de ce qu’elle est : je l’envoie à ma compagne Patricia d’Angeli qui, elle, pratique exclusivement l’Hypnose Humaniste et la psychothérapie (d’où le titre de son livre : « Psychothérapie« ).

Occasionnellement, j’aide aussi en psychothérapie, de façon moins approfondie que ma compagne le ferait, bien sûr, mais cela « teinte » mon accompagnement hypnotique. Car la psychothérapie est, je pense, un savoir indispensable à tout bon thérapeute. Évidemment, ce n’est qu’un avis personnel.

Il y aura toujours des thérapeutes purs et durs, comme l’était Milton Erickson, qui ne s’est jamais occupé de psychothérapie (au sens que je lui donne dans cet article). Et il y aura toujours aussi des psychothérapeutes qui ne s’occupent que de l’esprit profond de leurs patients, de les aider à changer leur vie et trouver un équilibre profond, et ne reçoivent personne juste pour arrêter de se ronger les ongles ou apaiser un traumatisme lié à un accident ou une agression.

CONCLUSION

– Si vous aimez manipuler directement l’Inconscient avec un patient bien en transe hypnotique, si vous aimez les anecdotes d’Erickson et les métaphores thérapeutiques, utiliser les phénomènes hypnotiques, produire des hallucinations, de l’écriture automatique, des régressions (même « dans les vies antérieures » !) ou des futurisations, si vous donnez des prescriptions de tâche à vos patients et aimez le langage d’influence, le côté subliminal et stratégique de la thérapie, foncez en « Praticien 2 Hypnose Ericksonienne », c’est ce qu’il vous faut !

– Si vous préférez aider les gens à gagner en conscience, pour qu’ils guérissent de façon autonome en faisant parfois évoluer profondément ce qu’ils sont, si vous avez une recherche personnelle du sens de la vie et si vous aimez travailler avec la symbolique et les archétypes qui nous fondent, pour guérir, changer et mieux vivre, si vous voulez vivre connecté à votre Soi Idéal et aider les autres à faire de même, et « voyager en Conscience », à travers l’espace et le temps, être en contact avec la Vie elle-même pour nettoyer d’un coup tous les problèmes (thérapie en 1 séance) et connaître si bien l’Inconscient qu’il devient votre ami, pour une vie saine, apaisée et heureuse, alors vous adorerez le « Praticien 2 Hypnose Humaniste » !

Allez voir les programmes de chaque formation (ici), vérifiez ce qui vous plaît le plus en hypnose (thérapie ou psychothérapie), et faites votre choix !
Quelle que soit l’option que vous choisirez, vous saurez autant de chose à la fin de votre formation. Il y a autant de contenu dans l’une comme dans l’autre. Les deux cursus sont simplement différents. Dans les deux formations, vous apprendrez à soigner les bobos de tous les jours comme à aider pour les cas les plus graves, mais vous le ferez de deux façons différentes, d’un côté « éricksonien » d’une façon mécanique, en réparant vous-même ce qui est cassé, par votre langage et vos techniques , et de l’autre « humaniste » en aidant la personne à se soigner elle-même et à évoluer, par une approche symbolique, expérientielle et pédagogique, ce qui rendra le message du « mal a dit » obsolète, puisque compris et intégré par la personne.

Et, qui sait, peut-être, comme moi, tomberez-vous amoureux des deux approches ?

A bientôt !
Olivier Lockert

Hypnothérapeute, formateur international et auteur
Président de l’Institut Français d’Hypnose Ericksonienne

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L’HYPNOSE & LA DÉPRESSION

Pour faire tomber les blocages

Top Santé, novembre 2005

 

En plongeant le patient dans un état de « sommeil éveillé », le thérapeute le soulage en quelques séances. Et les résultats sont souvent étonnants…

Dormez, je le veux. » L’hypnose fascine et inquiète car elle évoque ces hypnotiseurs de foire capables d’endormir une personne juste en la regardant fixement, puis de contrôler ses pensées et ses actes. L’Hypnose Ericksonienne, développée à partir des années trente par un psychiatre américain, Milton Erickson, a aujourd’hui remplacé ces pratiques autoritaires.

Une bonne alternative aux médicaments

Cette méthode « douce » nécessite la participation du patient, qui cherche dans son inconscient ses propres solutions. Elle se révèle efficace pour combattre de nombreux troubles (difficultés sexuelles, dépendance au tabac, phobies…) et en particulier le stress, l’anxiété et la dépression.

« Les personnes qui viennent me voir ont souvent essayé plusieurs types de thérapie avant et en ont assez de prendre des médicaments » constate Caroline Paris.

En pratique

La première fois, le thérapeute pose un certain nombre de questions pour comprendre ce qui doit être amélioré, puis il explique comment le travail va se dérouler. « C’est important de mettre la personne en confiance » remarque notre expert.

Ensuite, le spécialiste induit progressivement un état modifié de conscience, entre la veille et le sommeil : un peu comme lorsqu’on est « dans la lune » ou absorbé dans ses pensées. Il parle sur un ton neutre, bienveillant, et conduit la personne à ralentir sa respiration et à relâcher tout son corps jusqu’à ce qu’elle entre en état d’hypnose et ferme les yeux. Il engage alors un dialogue avec l’inconscient, en utilisant un langage poétique et symbolique, en insistant sur des mots clés et en évoquant les difficultés au passé et non au présent. « Je fais des suggestions positives qui aident à retrouver sa liberté d’agir et de penser » explique Caroline Paris.

Les séances durent entre une heure et une heure et demie. Une dépression saisonnière se soigne souvent en trois à cinq séances (dix séances pour une dépression plus grave), à raison d’une fois par semaine, puis une fois par an en cas de besoin. Certains thérapeutes apprennent au patient à pratiquer l’autohypnose.

Caroline Paris

Psychothérapeute, Master IFHE, à Paris

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SYLVIE LA POUPÉE

Trois séances pour changer de vie

La Tempérance , octobre 1999

Un article d’Olivier Lockert

 

 

« La Thérapie Ericksonienne est intimement liée à la Vie elle-même, et c’est probablement ce qui fait sa force. »

Avant de vous parler de Sylvie La Poupée, il me semble utile de vous préciser que la Thérapie « à la façon de Milton Erickson », bien plus vaste que la simple utilisation de l’outil « Hypnose », ne saurait entrer dans une théorisation, même longue, complexe et… ennuyeuse ! Une théorie est forcément réductrice, comme un morcellement de la Vérité.

Milton Erickson lui-même n’a jamais cherché à théoriser sa pratique, ce qui ne l’empêchait pas de passer des heures à perfectionner son savoir-faire ! La Thérapie Ericksonienne est intimement liée à la Vie elle-même, et c’est probablement ce qui fait sa force.

Margaret Mead, anthropologue renommée, épouse de Gregory Bateson, et amie du couple Erickson raconte n’avoir jamais vu Milton Erickson réutiliser une même technique sur deux clients différents. Et pourtant, Erickson a vu environ 30.000 patients dans sa carrière, en thérapie ou en démonstration ! Vous pouvez aisément imaginer l’esprit de jeu, la créativité et l’amour de son métier qu’il devait posséder pour cela.

A travers l’histoire que je vous conterai, c’est bien ce qui ressortira : chaque personne est réellement unique. Si le thérapeute parvient à aider la personne qui est devant lui, c’est tout simplement parce qu’il a su « entrer dans son univers », parler son langage, et lui redonner – consciemment ou non – les remèdes et les solutions qui se trouvaient naturellement en elle.

Et il est de mon intime conviction que, bien souvent sans le savoir, nombre de thérapeutes (efficaces !) agissent de même. Comme on pourrait dire à l’inverse que « l’Hypnose Ericksonienne » ou la Thérapie « éricksonienne », quelle que soit son appellation, n’est que le reflet d’une auto-guérison naturelle… …simplement peut-être un petit peu accélérée par quelqu’un (le thérapeute) qui à plus d’expérience dans ce domaine particulier de « Communication ». Il s’agit donc d’apprentissage !

 

1ère séance

Ainsi donc, un bel après-midi de juillet Sylvie La Poupée poussa la porte de mon cabinet.

Elle avait pris rendez-vous avec moi sur avis de son médecin de famille, alarmé par une recrudescence des crises d’hallucinations. Sylvie suivait depuis 2 ans une psychanalyse aussi gourmande de son temps qu’inefficace (ce qui ne retire rien à la psychanalyse par ailleurs).

Sylvie est institutrice, la trentaine, le visage voilé par un nuage de tristesse et d’austérité intérieure… En plus de ses crises d’hallucinations, où elle se voit dans le miroir sous l’apparence d’un chimpanzé, d’un squelette aux os laiteux, ou bien encore sur le parvis d’une église qu’elle ne connaît pas, elle souffre de périodes dépressives et ne parvient pas à faire l’enfant dont elle rêve.

Au début de notre premier entretien, je joue avec l’image qu’elle a des thérapeutes de l’Esprit (sérieux, compatissants, etc) et parviens à secouer suffisamment son schéma intérieur pour l’absorber dans une profonde réflexion intérieure.

Après une heure de ce petit jeu, destiné à perturber le « cercle vicieux » qui l’emprisonne, Sylvie La Poupée expérimente sa première transe hypnotique spontanée !

Sylvie La Poupée : et à l’âge de 20 ans, mon beau-père qui était violent et alcoolique fut pris d’une crise d’hallucinations et …

Thérapeute : d’hallucinations ?

SLP : Oui… et il s’est mis à nous frapper, et mon frère aîné a bien tenté de nous protéger, mais ce sont les gendarmes qui nous ont sauvé de ce fou…

T : Humm… et est-ce qu’il ressemblait à un singe ?

SLP : ?… heu… non, je ne crois pas. Et je crois que c’est de ce jour que sont parties mes crises d’hallucinations.

T : comme votre ex-beau-père.

SLP : heu… non, enfin oui, mais différemment…

T : différemment ?

SLP : et bien, lorsque je suis en voiture et…

T : et vous avez bien une voiture rouge ?

SLP : ah, non…

T : oh, je croyais que vous m’aviez dis que vous aviez une voiture rouge… mas qu’est-ce qui est rouge en vous, alors ??

SLP : rouge en moi ?… et bien…

T : … vous êtes bien confortable là ?

SLP : oui oui, ça va…

T : Humm… car vous savez, pour vous mon ici est votre là, mais mon là est pour vous votre ici… et ça n’est fichtrement pas la même chose !

SLP : aahh…

T : et ce que je me demande surtout… c’est… (d’un ton différent) oh, vous voyez cette belle pomme rouge !? (montre un endroit du bureau, où il n’y à rien).

SLP : hummm…

T : je me demande si elle sent bon …

SLP : mais il n’y à rien !

T: je sais, attrapez-la !… et puis prenez un moment pour la soupeser, la toucher, la sentir… peut-être vous aurez envie de la croquer… et prendre plaisir à sa fraîcheur, sa douceur… et toutes les bonnes choses que vous aimez…

SLP : … (la tête est penchée du côté de la pomme imaginaire, les yeux dans le vague)

T : et vous allez pouvoir apprendre tant de choses utiles aujourd’hui…

Durant cette période de découverte d’elle-même, je ne fais que lui raconter quelques histoires de la Vie et de la Nature, je lui parle des cycles des saisons, à l’idée une métaphore sur les dons inopinés me vient… je la laisse s’exprimer… Moi aussi, je suis peu ou prou en Etat Modifié de Conscience. Sans quoi : comment laisser surgir toutes ces paroles aidantes et si intimement « collées » à la réalité de Sylvie ? (et la suite de nos entrevues nous montrerons à quel point…).

Sans doute s’agit-il de ce que Sigmund Freud appelait « la Communication d’Inconscient à Inconscient », où la seule différence entre patient et thérapeute et que le premier est à demi inconscient, alors que le deuxième est … à demi conscient !

La transe hypnotique de Sylvie La Poupée dure depuis 45 minutes, déjà, et il est temps de clore cette première séance de découverte mutuelle. Je procède au retour (au « réveil », dirait-on en hypnose traditionnelle) :

T : …et lorsque votre esprit intérieur aura bien assimilé ce qui est important pour vous aujourd’hui… alors vous pourrez revenir complètement… ici et maintenant… bien éveillée, détendue et pleine d’énergie pour terminer cette belle journée !

SLP : … (bouge la tête, prend une grande respiration, et ré-ouvre les yeux qui s’étaient fermés pendant l’expérience, avec un grand sourire)

T : bonjour !!

SLP : (à demi revenue, toujours souriante) … bonjour …

T : alors ? Est-ce que c’était agréable ? …

…puis nous discutons quelques minutes de son expérience.

2ème séance

En arrivant à sa deuxième séance, 8 jours plus tard :

SLP : ah ! Je voulais vous dire : je vais déjà bien mieux !

T : vous allez mieux ? (avec réticence), et qu’est-ce qui vous fait dire cela ?…

SLP : et bien, c’est vrai, j’ai eu encore une crise hier soir…

T : Ah !! Et qu’est-ce qui a provoqué cette crise ?…

SLP : et bien, j’ai eu mes parents au téléphone (etc …)

A l’arrivée de Sylvie, toute optimiste, je feins la méfiance et l’incrédulité afin de renforcer le côté batailleur en elle, et puis je la dirige immédiatement sur ce qui va être notre problème du jour.

Nous découvrons tous les deux son besoin de se sentir protégée, cajolée. Je lui demande alors :

T : vous souvenez-vous de ce que nous avons fais la dernière fois ?

…et la plonge assez rapidement dans une transe moyenne fort satisfaisante durant laquelle je lui expose ce qui fait la philosophie générale de l’Hypnose Ericksonienne.

Mes termes sont adaptés à sa compréhension, à sa situation, aussi, et le tout va me servir de métaphore pour ouvrir en elle la possibilité d’un changement futur, en toute sécurité, aussi agréable que surprenant.

A l’issu de cette deuxième rencontre d’une heure, nous nous mettons d’accord pour une rencontre de couple : la prochaine fois, elle viendra avec son ami.

3ème séance

Eric, le compagnon de Sylvie La Poupée est un jeune homme d’aspect fragile, lui-même instituteur, et qui a bien du mal à comprendre les problèmes de sa compagne, et encore moins -en bon esprit intellectuel- ce que nous faisons Sylvie et moi, depuis 2 séances !

Nous profitons de cette rencontre commune pour établir de bons ancrages mutuels (les pnlistes comprendront… Les autres imagineront quelque technique romantique !) :

T : et vous, Sylvie, vous pouvez retrouver ce moment qui vous a tant marqué… tout ce bonheur, toute la chaleur intérieure dans votre cœur… ce sentiment si fort pour vous… avec Éric…

SLP : … (le bras droit de Sylvie est en lévitation depuis tout-à-l’heure, elle ferme les yeux)

T : et dans un moment… quand ce sentiment sera vraiment intense en vous… cette main droite va commencer à descendre… doucement… et de plus en plus… et cela va intensifier votre bonheur… de plus en plus… et vous pouvez vraiment être curieuse… maintenant… de la surprise…

SLP : …

T : (fait signe à Éric de mettre sa main sous la main droite de Sylvie) et au moment où vous apprendrez de quoi je parle… alors vous saurez… et vous ouvrirez les yeux…

SLP : (au moment où sa main entre en contact avec la main d’Éric, elle sursaute légèrement et ré-ouvre rapidement les yeux en souriant. Ils se regardent un long moment…)

T : c’est très bien… c’est très très bien … et maintenant vous savez…

A la fin de cette troisième entrevue, Sylvie est passé d’un mode de fonctionnement majoritairement Kinesthésique (dépression), à un Dialogue Interne de plus en plus fréquent (elle s’interroge ?…)

Je ne lui donne pas de rendez-vous, et lui demande de me recontacter lorsqu’elle sentira avoir fait des progrès, et estimera utile de m’en parler.

… un mois après

Tout va mieux ! Sylvie me raconte ses nouvelles passions, ses lectures, tous les souvenirs qui lui reviennent à flots et les quatre nuits blanches qui ont suivies notre troisième séance… nuits qu’elle a passé à écrire et lire, chanter et danser sur son « illumination » nouvelle !

Les crises d’hallucinations ont disparues. Non pas qu’elles soient parties d’elles-mêmes, mais plutôt parce que Sylvie a appris à les maîtriser. Puis a décidé que cela n’était plus un sujet qui l’intéressait.

Elle se demande maintenant si Eric est bien l’homme qu’il lui faut… le pauvre n’arrive plus à la suivre, maintenant qu’elle sort, discute, et milite même au sein d’une troupe de théâtre politique engagée.

Cette rencontre est surtout un moment d’échange, où je la rassure aussi de la violence de ses pensées, de son énergie nouvelle, et des tonnes de souvenirs qu’elle retrouve.

Maintenant, Sylvie est très souvent en Visuel Construit, ou Visuel Souvenir. Elle cherche, compare, et construit son avenir.

… 11 mois après

Quelle surprise de recevoir dans ma boîte-aux-lettres l’avis de naissance d’une petite poupée jolie :

« Notre petite fille est née le 30 juillet : elle est magique… Elle comble de bonheur ses parents.

La maman quand à elle récupère lentement mais sûrement, avec des outils en poche pour affronter les chocs de la Vie à venir, et évacuer les anciens.

Vous aviez raison : il n’y a pas de changement sans émotionnel.

Ce n’est pas facile de mettre les pieds dans le plat ! Mais il vaut mieux avoir les mots pour le dire que les maux pour le dire. Et puis surtout prendre le temps de vivre et réapprendre à regarder. »

Sylvie La Poupée s’est débarrassée de ses vieux démons. Elle est passé durant ces derniers mois par des phases de déprime et des périodes d’enthousiasme, elle a dû combattre l’incrédulité de ses médecins soignants (ce qui lui a tout de même valu un séjour en Maison de repos pour Noël, au cas où… elle aurait simulé la « normalité » ?). Peut-être ne saura-t-elle jamais ce qui s’est vraiment passé pendant nos séances… et moi non plus ! L’important n’est-il pas d’aller mieux ? Ensuite, et si le cœur nous en dit, toute la Vie s’ouvre à nouveau et pourquoi pas alors chercher à comprendre : comment ça marche ??

Voilà le plus dur à apprendre pour l’apprenti-thérapeute éricksonien : faire confiance à son Inconscient, comme le disait Erickson, et puis apprendre à ne pas savoir…

TECHNIQUES UTILISEES

Synchronisation – Confusion – Évocation de Ressources – Interruption du schéma de Comportement – Recadrage – Défi – Transformation du symptôme – Métaphores – Hallucinations positives – Ancrages

Une prochaine fois, je vous raconterais peut-être l’histoire de Christo, qui a appris que mettre au monde un enfant est bien le plus bel événement au monde… en toute simplicité, et sans douleur. Ou peut-être vous conterais-je les aventures de La Résistante qui vint me voir en « Octobre 1942 » (nous étions en mars 1997 !)…

En attendant, de faire votre connaissance un de ces jours sur Terre,

Vivez avec bonheur, amour et plaisir !

Olivier Lockert

IFHE, Paris

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UNE BELLE HISTOIRE

Sur l’entraide…

Témoignage reçu par email

IFHE, juillet 2010

 

Vous avez peut-être déjà lu les récits de « thérapie de rue », dans les romans et ouvrages d’Olivier Lockert (« Créateurs de réalité », « Miracles Quotidiens » ou « Hypnose Humaniste », par exemple) ? Si vous avez suivi les cours d’Hypnose Humaniste, peut-être l’avez-vous même entendu raconter de telles histoires, où l’on aide la personne, anonymement, de manière désintéressée, en lui demandant pour seul remerciement d’aider à son tour d’autres personnes (ce que l’on appelle « passer le relais »…).

Les élèves de l’IFHE se prennent souvent au jeu et aident les personnes qui croisent leur route, quand l’occasion se présente naturellement. Certains racontent leurs aventures de la veille au groupe de formation, tout ébahi des « coïncidences » qui font la magie de telles rencontres.

Eh bien, voici pour la première fois le témoignage d’une personne, aidée à un tournant de sa vie par l’un de ces « thérapeutes de rue », anonyme.

Récit en quelques emails…

Bulletin de contact IFHE

Bonjour, je m’adresse à vous dans l’espoir de retrouver un de vos étudiants : Je m’appelle Julien et, il y a quelques mois, j’étais « atteint » d’une trés grosse dépression qui m’a amené à envisager le suicide plus que sérieusement.

Je ne crois nullement au hasard et je ne penses donc évidement pas que ce qui va suivre en était un… Une heure après avoir écrit une lettre adressée à ma mère et à ma sœur (les informant des raisons de mon suicide), je traînais dans la rue à la recherche du courage nécessaire pour passer à l’acte. Je pleurais toutes les larmes de mon corps et ce jeune homme m’a abordé comme si de rien n’était ! Il a engagé la discussion avec un détachement incroyable et un désintéressement hors du commun. Ce que m’a dit ce garçon durant l’heure qui a suivi a radicalement changé le cours de ma vie !

J’aimerais tellement pouvoir le remercier et lui raconter tout ce qui m’est arrivé de merveilleux depuis notre brève rencontre, près de la fontaine de la place des Vosges, seulement je n’ai comme information de sa part que le fait qu’il était alors en formation d’hypnothérapeute à Paris, et qu’il s’appelle David.

Place des Vosges, ParisIl est, à mon souvenir, brun aux yeux bleus, assez grand, assez fin, et était à ce moment-là légèrement barbu. J’ai feuilleté votre annuaire et n’ai trouvé qu’un seul David, « maître-praticien », mais je me suis rendu compte qu’il ne pouvait s’agir de lui puisque le jeune homme en question était en formation pour devenir praticien, début avril, lors de notre rencontre.

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse bien d’un de vos élèves, puisque mes souvenirs ne vont pas jusqu’au nom de son école, bien qu’il me semble qu’il m’ait parlé de l’IFHE… C’est donc avec peu d’espoir que je m’adresse à vous. Si vous avez ne serait-ce qu’une idée de qui il peut s’agir, auriez-vous l’amabilité de me fournir ses coordonnées ?

Vous dites sur votre site qu’il ne faut pas hésiter à vous envoyer nos témoignages, eh bien ceci en est un. S’il s’agit bien d’un de vos élèves, je tiens à vous adresser mes remerciements les plus forts et les plus sincères, car par son biais, monsieur vous m’avez sauvé la vie et sans doute celle de mes proches.

J’espère que vous saurez retrouver ce jeune homme et me fournir ses coordonnées ou tout du moins lui transmettre mon message.

Encore merci, et s’il ne s’agit pas de l’un de vos étudiants, veuillez excusez le temps que je vous ai fait perdre. »

Julien

Réponse et recherche

 

« Bonjour Monsieur, votre histoire est vraiment touchante. Je pense avoir une idée de la personne qui vous a aidé… Je lui envoie un message et vous tiens au courant. Bien cordialement » Christelle, secrétariat IFHE

Après vérification, Christelle contacte par email le seul David qui était en formation en avril 2010 et lui demande si la place des Vosges lui rappelle quelque chose… une personne qui pleure… et qui retrouve le sourire…

David répond qu’effectivement il a aidé quelqu’un, place des Vosges. Il demande à son tour plus de détails, car il semble avoir aidé plusieurs personnes, à maintes reprises.

Finalement, Christelle et David tombent d’accord pour dire que « l’ange gardien et son protégé » se sont retrouvés.

David souhaite garder l’anonymat, afin de préserver le désintéressement de son geste. Christelle, du secrétariat IFHE, en informe donc Julien. Celui-ci nous transmet en retour une lettre de remerciement à l’attention de David. La voici…

Remerciements

« Cher David, en espérant que cela soit bien ton nom et que ce ne soit pas un autre de tes trucs ! 🙂

D’abord merci ! Merci mille fois, il n’y a pas de mot pour vous remercier ou plutôt « te » remercier puisque tu as insisté pour que l’on se tutoie. Je ne sais pas quelle « méthode » tu as utilisé, tu m’as dit être en formation d’hypnose et qu’il ne m’était pas utile d’en savoir plus sur toi pour en savoir plus sur moi.

Tu as changé ma vision de la vie en quelques mots et en quelques gestes. Je me souviens que, lorsque je t’ai parlé de mon désespoir et de mon idée de me suicider, tu as escaladé la fontaine devant mes yeux ahuris, et tu t’es mis à hurler comme un fou (que tu n’es vraiment pas !), juste pour me faire comprendre que ce n’est pas parce que l’on agit « comme un fou » que l’on est un fou.

J’ai compris le soir même que ce n’était pas parce que les gens agissaient mal avec moi qu’ils ne m’aimaient pas, et que ce n’était pas parce que j’agissais comme un con que j’en étais un.

Puis, durant près d’une heure, tu as enchaîné les délires, plus dingues les uns que les autres, allant jusqu’à faire danser une passante dans la rue puis me faire danser avec elle (je me demande encore comment tu as eu le culot de faire tout ça !).

Et, bien que je n’ai absolument rien compris sur le moment, plus les heures passaient et plus je me rendais compte que, dès ton départ, je ne pouvais plus penser à mes problèmes sans penser à une de tes âneries ! Je ne pouvais plus penser au suicide sans te voir hurler du haut de ta fontaine… Et, à chaque fois, je ne pouvais pas m’empêcher de rire !

Lorsque tu as fait semblant de t’apitoyer sur ton sort, puis sur le mien, me disant que le monde était pourri, tu n’as fait (je m’en rends compte aujourd’hui) que me peindre une caricature de ma vision de la vie, me forçant ainsi, au fur-et-à-mesure que je te contredisais, à changer celle-ci !

Je n’aurais pas imaginé que tout ce que tu faisais sur le moment était fait dans un but bien précis. Je dois t’avouer que je t’ai pris pour un fou, et il me semble d’ailleurs te l’avoir dis ! Mais, à chacun des pas que j’ai fait depuis, une de tes phrases-choc ou de tes actes-choc me sont revenus comme des claques m’obligeant à réagir et à évoluer !

Aujourd’hui, je suis heureux. J’ai déménagé à Lyon. J’ai trouvé une petite amie et, même si elle ne devenait pas « la femme de ma vie », c’est déjà une grande avancée. J’ai retrouvé un travail qui me convient, avec un patron moins chiant, qui me permet de m’épanouir dans mes nouvelles activités. C’est comme ça que j’ai rencontré ma petite amie. Autour de moi, c’est comme si tout le monde avait changé, et pourtant je sais bien que c’est moi qui ai changé.

Mon entourage n’en revient pas de me voir aussi épanoui et, à chaque fois que je raconte mon histoire et ta rencontre, les réactions sont les mêmes : soit on ne me croit pas, soit on te prend pour un ange envoyé par dieu ! Pour ma part, je ne crois pas au hasard et je sais que, même si tu n’es pas un ange (ou alors un peu fou), tu m’as été envoyé par dieu.

(je t’imagine en train de te moquer de moi en lisant ça, mais je m’en fous – s’il y a bien une chose que j’ai apprise en une heure de temps en ta compagnie, c’est qu’il ne faut pas spéculer sur ce que pensent les autres !)

Je pourrais te raconter les mille détails merveilleux qui font que ma vie est désormais largement satisfaisante, mais je ne vais pas prendre toute ta journée 🙂

Tu m’as dis, lorsque je t’ai demandé qui tu es, que tu t’appelles David et que tu étais en formation d’hypnose à l’IFHE, et qu’il était inutile d’en savoir plus sur toi pour en savoir plus sur moi. Tu m’as demandé que, lorsque je rirais au minimum trois fois par jour, de faire en sorte de faire rires trois personnes par jour qui en ont besoin. Même si ça m’a paru farfelu sur le moment, sache que je ris maintenant bien plus d’une dizaine de fois par jour et que je m’efforce d’entraîner chaque personne qui en a besoin dans ma joie !

Merci mille fois, merci encore et encore !!

Si ce message te parvient, je souhaiterais vraiment pouvoir te joindre, avoir tes coordonnées. Tu mérites d’être payé et je peux t’envoyer plein de clients !

Merci « 

Julien

Réponse de David

(par notre intermédiaire)

"Je souhaite que tu vives ta vie à fond !"« Cher Julien, Je ne sais pas trop quoi dire… Merci de m’avoir fait parvenir ce message, cela me va droit au cœur.

J’ai eu la chance d’avoir de très jolis retours de la part de personnes avec qui j’ai travaillé de manière conventionnelle, en cabinet de consultations, puisqu’elles avaient mes coordonnées, mais je n’ai pas supposé une seconde qu’une des personnes avec qui je suis intervenu en « thérapie de rue » puisse me retrouver et me faire partager une telle évolution !

Je me souviens bien de toi, près de la fontaine, et je suis aux anges d’apprendre que tu vas si bien et que mes pitreries ont fonctionné ! ça met du baume au cœur !

Je suis encore un peu sous le choc de l’émotion (c’est pas pro ça, mais bon y’a des fois comme ça…).

Je souhaite désormais comme échange que tu vives ta vie à fond. Tu m’as plus que largement remercié en faisant la démarche pas si simple de retrouver ma trace, et avant tout en évoluant comme tu l’as fait. C’est exceptionnel !

Il n’est en aucun cas utile de faire quoi que ce soit en retour (à part continuer à faire partager ton bonheur autour de toi). Certaines personnes, contre toutes raisons, veulent absolument rendre en retour ce qu’on leur a offert… Je pense que tu le fais déjà très bien en faisant rire les gens autour de toi !

Prends bien soin de toi,

Belle vie ! »

David

Témoignage

 

Suite à cet échange d’email, Olivier Lockert a écrit un petit mot de félicitations à Julien, lui demandant la permission de faire de leur échange email un témoignage pour le site internet IFHE, afin de montrer aux personnes qui souffrent qu’il y a toujours de l’espoir, et aussi afin d’encourager les futurs élèves IFHE à suivre cette voie d’entraide généreuse.

 

Voici la réponse de Julien, qui conclut son témoignage :

« Monsieur, tout d’abord merci.

Comme je l’ai dit à cette dame qui m’a aidé (Christelle), avec un cœur qui semble faire partie de la normalité dans votre école, et sans qui je ne serais jamais arrivé à retrouver la trace de David, vous m’avez indirectement sauvé la vie, sans doute une de plus pour vous mais la seule et unique pour moi !

La réponse de David colle parfaitement avec l’idée que je m’en suis fait après notre rencontre. C’est un être exceptionnel et cela est sans doute beaucoup grâce à vous qui l’avez formé. Je comprend qu’il n’y ait pas plus de témoignages, si tous vos élèves et vous-même agissez avec autant de modestie et de générosité gratuite – puisque David a pris soin de ne me révéler que très peu d’informations !

Mais, depuis notre rencontre, je suis devenu très perspicace, et il était très important pour moi de faire usage de mes nouveaux talents pour retrouver la trace de mon « sauveur » !

Je suis touché que vous preniez la peine de m’écrire vous-même. Vous êtes capable de donner de l’importance à une personne anodine de la même manière que David a si bien su le faire ce jour-là, de façon si naturelle.

Je ne sais comment vous décrire ce que je ressens aujourd’hui en repensant à cette rencontre incroyable, et aux trésors d’imagination que ce jeune homme a su déployer pour me sauver la vie !

Je me sens « contre toutes raisons », comme le dit David, redevable… Seulement, je pense qu’il y a une très bonne raison à cela : je suis en vie et heureux de l’être ! (c’est une raison suffisante selon moi) et s’il peut être intéressant pour vous, vos élèves et d’autres personnes connaissant la situation que j’ai connue, de faire partager mon témoignage, alors c’est avec plaisir monsieur que j’accepte votre requête.

Conformément à mon engagement envers David, et pour ce qu’il a fait, je m’efforce chaque jour de prendre soin de personnes qui en ont besoin et de faire rire au minimum trois personnes par jour (ce qui me force d’une part à rire moi-même et ce qui me permet de faire de magnifiques rencontres). C’est une idée merveilleuse qui prend tout son sens pour moi maintenant !

Encore une fois, et je ne cesserais de me répéter, je vous remercie infiniment pour ce que vous faites. Vous contribuez, monsieur, à changer le monde, et vous avez contribué à me sauver la vie ainsi qu’à celle de mon entourage qui aurait été effondré si j’étais effectivement passé à l’acte.

Merci donc, mille fois et plus, pour tout ça, toute ma vie je remercierai et adresserai des prières pour que David puisse vivre une vie belle et heureuse, et qu’il continue à faire ce qu’il a si bien su faire : sauver les gens !

Au plaisir de lire mon témoignage sur votre site, je pourrais ainsi régulièrement me rappeler qu’un jour un être incroyable a croisé ma route et que, chaque jour, d’autres sortent de votre école pour sauver d’autres personnes comme moi !

Veuillez passer à David, encore une fois, toute ma reconnaissance et lui faire savoir que je n’ai pas de mot assez fort pour exprimer ma reconnaissance.

Infiniment, monsieur, et à toute votre équipe d' »anges » : MERCI ! »

Julien

Merci à toi, Julien !!

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L’HYPNOSE ET LE MENTALISME

Quel rapport ??

Un article d’Olivier Lockert

IFHE, juillet 2010

 

La série TV américaine « Le Mentaliste » a popularisé l’utilisation des techniques de base de l’hypnothérapie et de la PNL comme outils d’investigation policière. C’est une fiction, bien sûr. Alors, où s’arrête la fiction et où commence la réalité ?

En 2010, Bastien DiFrance, ancien élève de l’IFHE, faisait la une des journaux populaires pour sa participation à l’émission « Secret Story ». La production avait décidé de le présenter comme « mentaliste », mais Bastien est également connu pour être un jeune et talentueux hypnothérapeute.

Alors : qu’est-ce que le « mentalisme » ? Et quel rapport avec l’Hypnose ?

Il existe plusieurs définitions au terme « mentalisme »

Afin de bien comprendre le rapport entre l’hypnose et le mentalisme, il faut savoir en quoi consistent les deux approches…

Comme vous pourrez le vérifier dans le dictionnaire (ou sur Wikipédia), le terme « mentalisme » désigne au moins deux choses différentes :

  1. C’est un courant peu connu et peu pratiqué de la psychologie, auquel a participé en son temps Alfred Binet, psychologue et pédagogue français, cofondateur en 1905 des premiers tests de QI (Quotient Intellectuel) et directeur du Laboratoire de psychologie de la Sorbonne. Ce courant intellectuel prônait une approche plus « intérieure » de la psychologie, en réponse au courant matérialiste des psychologues de l’époque.
  2. C’est un courant de l’illusionnisme (magie de spectacle) cherchant à divertir par l’imitation de phénomènes paranormaux ou naturels (intuition, psychokinésie, télépathie, clairvoyance, etc.). Aujourd’hui, cette définition est la plus couramment utilisée quand on parle de « mentalisme ». Voyez le succès qu’à eu le magicien canadien Gary Kurtz lors de sa venue en France (avec passage télévisés, etc.) !

Mentalisme de spectacle : magie !Selon Wikipédia, toujours : le mentalisme est traditionnellement un art de la scène. Il peut également être présenté en petit comité, à proximité des spectateurs. Bien que le titre le suggère, le mentalisme n’est pas à proprement parler de la prestidigitation puisqu’il n’a pas pour objet ni pour méthode privilégiée la dextérité manuelle. Le mentalisme s’apparente donc davantage à la catégorie plus générale de l’illusionnisme. Il lui emprunte certaines de ses méthodes.

Selon Gérard Majax, cette « branche de l’illusionnisme joue sur la convention théâtrale du paranormal ».

A titre d’information, on notera que, dans les pays anglophones, le « mentalism » (sans « e » en anglais), en plus des définitions ci-dessus, est également décrit comme « Parapsychological activities, such as telepathy and mind reading« . Les mentalistes, selon cette définition, mélangent les techniques rationnelles de la thérapie (hypnose, PNL, Analyse Transactionnelle et autres thérapies brèves) à d’autres procédés psychiques dits « paranormaux », ceci à visée de consultations ou de conseils à la personne.

Première évidence : le métier de « mentaliste », au sens de l’exercice de capacités exceptionnelles d’observation, de compréhension psychologique et d’action d’influence subliminale sur la personne, dans un domaine autre que celui de la thérapie, n’existe pas dans le dictionnaire ! C’est une invention de la série télévisée « Le Mentaliste« , qui nous montre les phénomènes des mentalistes de spectacle, comme s’ils existaient dans la vie de tous les jours (comme s’il n’y avait pas de « truc »)… Alors, à moins d’avoir les capacités ou les dons d’un voyant ou d’un médium, on comprend bien que tout cela est parfaitement irréaliste, impossible.

The Mentalist : Patrick Jane... Fiction téléviséeLa série met en action un héros imaginaire, Patrick Jane, « doué de facultés d’observation et de déduction exceptionnelles, Patrick Jane a d’abord utilisé ses dons à des fins personnelles, se faisant passer pour un médium dans une émission de télévision à des fins vénales » (source TF1). Dans la série, Patrick Jane en vient à mettre ses capacités au services d’enquêtes policières… Donc, comme on le voit, aucun rapport avec la psychologie des thérapeutes ou avec le monde du spectacle, ni même l’exercice de quelconques capacités paranormales. Patrick Jane est décrit comme une personne ordinaire, simplement « douée de facultés d’observation et de déduction exceptionnelles« .

Aujourd’hui, les « mentalistes » sont donc pratiquement tous des gens du spectacle : des artistes utilisant des astuces de magicien pour faire croire (à visée de divertissement) à l’existence de super-pouvoirs. « Le mentaliste », celui de la série télévisée, n’existe pas dans la réalité. Les professionnels les plus ressemblants seraient les « profilers« , ces policiers-psychologues qui se fondent dans l’esprit du criminel pour mieux le retrouver… mais là, nous sommes dans le domaine de la psychologie et de l’hypnose, dont nous parlerons au prochain paragraphe.

Pour vous aider à comprendre ce qu’est le mentalisme : apprenez vous-même à lire dans les pensées d’une autre personne ! Faites-lui choisir une page d’un livre (lui-même choisi par la personne). Demandez-lui de mémoriser, par exemple, la première ligne de la page qu’elle a devant les yeux… Concentrez-vous et… lisez dans les pensées de la personne la ligne du texte en question ! Impossible ? Mais si, puisqu’il y a un truc (il y a même de très nombreuses manières de réaliser ce tour de magie) : apprenez ce tour ici.

Entraînez-vous bien avant de réaliser ce tour de « magie mentale » car, comme souvent en magie, l’astuce est simple. C’est votre présentation qui rendra l’effet crédible, en éloignant la personne de l’astuce réellement utilisée.

Sous cette forme ludique, le mentalisme est un loisir pour beaucoup de personnes dans le monde, tout comme la prestidigitation (tours avec des cartes, des pièces, etc.). De nombreux sites internet regroupent les fans de ce loisir agréable et distrayant (par exemple : Virtual Magie).

Attention : alors qu’il existe des milliers de magiciens et d’artistes qui pratiquent le mentalisme (« avec un truc ») à visée de divertissement pour leur public, certains se servent des techniques du mentalisme pour exercer en thérapie ou coaching, y compris auprès d’entreprises. Comprenez bien : un artiste ne dira jamais qu’il utilise une « technique » (du moins, pas avant son spectacle), il prétendra avoir un don – ce qui est tout à fait normal dans le contexte du spectacle, où l’on cherche à divertir un public, mais ce qui ne le serait pas du tout hors de ce contexte précis !

Si le magicien prévenait ses spectateurs : « attention, il y a un truc », il n’y aurait plus de magie ! De même, on profite d’un film de science-fiction en oubliant que tout a été réalisé grâce à des trucages cinématographiques. On aime croire à ce que l’on voit, pour passer un bon moment. C’est normal.

Gardez donc en tête que le mentalisme est un divertissement et qu’il y a donc forcément toujours « un truc ».

Maintenant,un mentaliste (« avec un truc ») qui pratiquerait le coaching ou à la thérapie en laissant croire à la réalité d’un don, tout en sachant pertinemment qu’il utilise « un truc », serait des plus malhonnêtes !… Dans le même ordre d’idée, il serait tout aussi malhonnête de promettre à quelqu’un de lui apprendre à réaliser un des « miracles » du mentalisme (« avec un truc »), sans révéler réellement « le truc » mais en présentant une quelconque explication bidon à base de psychologie !… D’un côté, un magicien ne peut déontologiquement pas dévoiler ses trucs, de l’autre comment apprendre l’impossible aux gens sans leur dévoiler l’astuce ?… Mais nous nous éloignons de notre sujet.

 

 

En « hypnose », on joue avec des principes naturels

Vous avez sur ce site tout ce qu’il faut pour comprendre ce qu’est l’hypnose : son histoire, ses définitions, sa pratique. Vous avez même de nombreux articles à lire, ainsi que des séances d’hypnose à télécharger gratuitement en MP3, si vous le désirez.

Voyons donc ce que fait concrètement un praticien de l’hypnose : l’hypnothérapeute aide des personnes en difficulté à aller mieux. Il n’utilise aucun médicament, seulement la parole et son observation précise des réactions de la personne. A aucun moment un hypnothérapeute ne se comporte comme on le voit chez les hypnotiseurs de spectacle. Il n’y a pas d’ordres donnés, on ne regarde pas la personne fixement dans les yeux, etc. La rencontre est agréable et conviviale. Elle prend souvent la forme d’une simple discussion.

L’hypnose thérapeutique traite ce que l’on appelle l’Inconscient, la facette cachée, profonde, de notre esprit. L’Inconscient étant, par définition, « non conscient » (on ne sait pas ce qu’il pense ou fait), la personne ne peut pas savoir ce qui se passe dans son Inconscient. Mais, du coup, le thérapeute non plus !… C’est pour cela que l’hypnothérapeute doit développer une grande capacité d’observation de ses patients.

Ensuite, l’observation faite, il faut bien « faire quelque chose » pour aider la personne à aller mieux… C’est là qu’interviennent les suggestions : des façons très particulières de parler qui vont avoir une influence positive sur la personne. L’objectif est que la personne aille mieux (thérapie) ou atteigne ses objectifs (coaching).

Donc, l’hypnothérapeute sait utiliser les principes psychologiques qu’il découvre chez ses patients pour les « pousser » vers la guérison ou le changement – selon leur volonté (la demande vient toujours, à la base, du patient). On ne pourrait pas faire faire à la personne quelque chose qui lui déplaît (son Inconscient, c’est aussi « elle » : donc, si la suggestion ne lui plait pas, consciemment ou inconsciemment, la personne ne l’acceptera pas).

En réalité, c’est beaucoup plus compliqué que cela, puisque l’hypnothérapeute doit réussir à mobiliser les ressources inconscientes de la personne. Il doit aussi bien connaître le fonctionnement des troubles psychologiques, etc. Tout ceci afin de travailler sur les causes profondes des problèmes. L’hypnothérapie est un métier qui ne s’improvise pas.

On aura compris qu’en hypnose, on joue avec des principes naturels et qu’aucun « truc » (au sens des tours de magie) n’est utilisé. Pour autant, l’hypnothérapeute n’a aucun don particulier, puisqu’il a appris tout ce qu’il sait. Il n’est ni voyant, ni médium, ni rien de tout ça. Il y a donc beaucoup de choses (spectaculaires, au sens de ce que l’on voit chez les artistes) qu’il ne peut pas faire – et c’est normal !

Pour vous aider à comprendre ce qu’est l’hypnose : apprenez vous-même à vivre, penser et ressentir comme une autre personne ! Un des premiers principes que l’on apprend en formation professionnelle à l’hypnose thérapeutique est de se mettre en « synchronisation » avec la personne : penser comme elle, bouger comme elle, respirer comme elle, avoir la même humeur du moment, les mêmes idées sur la vie, etc. Bref, tout un tas de choses subtiles qui vont permettre à l’hypnothérapeute de penser et quasiment ressentir les choses comme la personne. Le résultat de cette pratique de synchronisation est une très forte intuition : l’hypnothérapeute arrive souvent à prononcer des phrases qui étaient dans l’esprit de la personne !

Un des premiers exercice, en formation professionnelle à l’hypnose (toute première matinée de formation !), consiste à pousser la personne à penser à un mot que l’on a nous-même choisi par avance (il est d’ailleurs noté sur un papier, que la personne détient). Seulement avec des mots et la synchronisation (le contact « d’Inconscient à Inconscient » de Sigmund Freud), la personne en face se met à penser, involontairement, à l’objet noté sur le papier qu’elle tient en main… L’objectif est, plus tard, de pouvoir donner à l’Inconscient de nos patients les instructions nécessaires à leur guérison.

Le lendemain matin, après une journée d’exercice, les élèves en formation à l’hypnose vont déjà un peu plus loin, car c’est eux qui parviennent à nommer (jusqu’à 3 ou 4 fois de suite, pour certains !) une couleur que la personne en face pense seulement… Cela impressionne tout le monde, car peu se croyaient capables de tels prodiges, seulement 24h avant… Objectif de cet exercice : faire en sorte que l’hypnothérapeute trouve toujours « les bons mots » pour la personne.

Il n’y a pas de « truc », seulement de l’intuition (obtenue par la pratique de la synchronisation, telle que décrite juste au-dessus). Et ce n’est que le début de la formation !

Vous voyez que cela n’est pas magique et ne nécessite aucun don particulier ! Cela vous est très probablement déjà arrivé avec vos ami/es ou votre amoureu/se : vous marchez sans le savoir au même rythme dans la rue, vous levez votre verre tous les deux au même moment au restaurant, vous prononcez sans le vouloir les mêmes mots au même moment… et vous avez parfois cette impression de savoir ce que ressent l’autre. C’est cela, l’intuition. Ce n’est pas « de la télépathie » : on ne se parle pas dans la tête, comme au téléphone, mais on se met à se comporter involontairement comme il le faut, avec l’autre, et quand il le faut.

L’intuition permet aux thérapeutes d’être de bons thérapeutes et de pouvoir réellement aider leurs patients. Et même si cela paraît « magique », ce n’est que naturel !

 

Quel rapport entre hypnose et mentalisme ?

Nous avons vu que les gens qu’on appelle couramment « mentalistes » sont des magiciens de spectacle. Ils imitent les magiciens de la thérapie : Milton Erickson, le psychiatre américain qui a donné son nom à l’Hypnose Ericksonienne, était surnommé « Wizard », le magicien, en raison de ses résultats thérapeutiques hors du commun !

Milton Erickson a été le principal modèle à l’origine de la PNL, une technique que les mentalistes de spectacle, comme le canadien Gary Kurtz, déjà cité, ou l’anglais Derren Brown utilisent avec l’hypnose, en plus de leurs « trucs » de magiciens : ils l’expliquent très clairement et sans aucune ambiguïté dans leurs ouvrages didactiques (réservés aux magiciens professionnels). Même le mentaliste français Raymi Phenix, qui prône un mentalisme naturel (de « vrais dons », type voyance), explique qu’il se base sur l’hypnose et la PNL. A l’IFHE, nous formons d’ailleurs toute l’année des magiciens professionnels, dans les mêmes cours que les futurs hypnothérapeutes professionnels (pour des exemples d’utilisation de la PNL en magie, voyez le livre « PNL et Magie » du magicien et mentaliste Benoît Campana).

Donc, l’hypnose est utile aux artistes mentalistes et aux mentalistes « naturels » (si on croit à cette possibilité) mais, a contrario, le mentalisme est parfaitement inutile en thérapie.

Les techniques d’observation, d’intuition et de langage sont précieuses à l’artiste, pour réaliser des effets magiques hors du commun, impossibles par de simples techniques mécaniques (« trucs » ordinaires de magiciens). Par ailleurs, l’usage de « truc » garanti à l’artiste de pouvoir réaliser son spectacle, ce qui est normal et professionnel. Mais il serait fort malvenu à un thérapeute d’impressionner son patient avec de supposés « super-pouvoirs », obtenus par des astuces cachées.

De plus, autant l’hypnothérapeute parviendra à découvrir certaines vérités cachées sur la personne, pour mieux l’aider (grâce à l’intuition à laquelle on s’exerce en formation d’hypnose) – autant le mentaliste aura forcément besoin de les découvrir « normalement » par avance, afin de faire croire plus tard à la personne qu’il les a « ressenties » par clairvoyance ou (pseudo)intuition. Le public ne voyant que le moment de la révélation en déduira logiquement que l’artiste est doué de capacités psychiques « non-ordinaires ». En spectacle, c’est formidable. En thérapie, ce serait de l’escroquerie.

Restons donc plutôt sur l’ancienne définition du terme « mentalisme », à savoir, en 1901 : un courant de pensé opposé (en psychologie) au « matérialisme » qui utilise l’introspection comme principale technique thérapeutique. On se rend compte, par l’histoire même de ce mentalisme, qu’il y a un rapprochement avec l’hypnose : on lit dans la définition que le mentalisme psychologique, en plus de l’observation fine de la personne, utilise une technique nommée : introspection provoquée, ceci afin de déclencher les phénomènes d’intuition qui permettront au thérapeute d’aider la personne… L’introspection provoquée ? Cela ressemble fortement à de l’hypnose ! Preuve, si besoin : Alfred Binet, dont nous avons déjà parlé, le pionnier du mentalisme psychologique s’est formé… en hypnose ! C’était en 1884, auprès du professeur Charcot, neurologue de renommée mondiale et pionnier de l’hypnose thérapeutique, à l’Hôpital de la Salpêtrière de Paris.

Cette formation en hypnose a si fortement marquée Alfred Binet qu’il enseigna sa technique (qu’il nommait donc « introspection provoquée ») à ses propres enfants…

L’hypnose est donc la grand-mère du mentalisme (au sens de « courant de pensée en psychologie »). L’hypnose est d’ailleurs la grand-mère de toutes les psychothérapies, puisque c’est Bernheim, autre pionnier de l’hypnose thérapeutique, qui a créé le mot « psychothérapie » en 1891, pour désigner le traitement de ses patients par le biais de l’hypnose ! Et le mentalisme, dans ses différentes acceptations modernes, découle de tout cela : l’hypnose, la psychothérapie, la PNL.

 

Conclusion

Tout comme Patrick Jane le dit dans la série « Le Mentaliste », Bastien DiFrance, le mentaliste de Secret Story, explique lui-même qu’il utilise des techniques de PNL et d’hypnose (voir vidéo, ici à 3:00, et article sur son site*). Il est très clair que Bastien DiFrance ne parle ni de spectacle, ni de « capacités psi », lorsqu’il utilise le mot « mentalisme », mais bien de sa pratique des techniques d’hypnothérapie et de PNL.

Dans le cadre d’un jeu télévisé comme Secret Story (où le but est de deviner le secret des autres sans que le sien soit découvert), Bastien DiFrance ne peut pas utiliser de techniques de spectacle (qu’il connaît aussi, comme certains hypnothérapeutes dont le mentalisme est le loisir, à titre personnel). Son « secret » serait immédiatement découvert ! Les effets du mentalisme étant bien trop incroyables et spectaculaires : on comprendrait tout de suite qu’il s’agit de magie… de « mentalisme » (au sens du spectacle) !

Par exemple, en mentalisme, je peux vous demander de penser fortement à quelqu’un… ensuite, je me mets à vous parler de cette personne : « c’est une femme, n’est-ce pas ?… Oui, elle n’est pas si proche de vous… la famille pourtant… oui, une sorte de cousine… c’est ça ? Bien… Vous ne la voyez pas souvent… Est-ce que ce serait… Aurélie ? » Bingo ! La personne est stupéfaite que j’ai pu parler de quelqu’un que je n’ai jamais vu de ma vie, et en plus donner son prénom… Pourtant, ce n’est pas fini : afin de « faciliter le contact télépathique » entre la personne et moi (c’est du moins ce que je raconte pour justifier ce qui va suivre), je vous ai demandé de serrer fortement mon avant-bras… Ensuite, les pensées me sont (soi-disant) venues, et je vous ai décris votre cousine, jusqu’à même donner son prénom… A ce moment-là, vous avez oublié que vous serriez mon avant-bras. Je vous demande donc de le relâcher doucement et d’observer : sous vos mains, les marques rouges du serrement ont gravé le prénom « Aurélie » dans ma peau !

Stupéfiant, non ? 🙂 Oui, car bien sûr il y a « un truc ». Tout ceci serait impossible à réaliser en hypnose – mais pour celui qui ne connaît pas « le truc », c’est pure magie, seulement explicable par « un don exceptionnel et une maîtrise du corps incroyable ». Pourtant, il y a vraiment un truc !

Un thérapeute ne peut pas réaliser des choses pareilles avec ses patients. D’abord, parce que s’il ne triche pas, ça lui est impossible. Ensuite, s’il utilise une astuce cachée, ce serait absolument anti-déontologique !

Un jour, j’ai montré ce tour à l’un de mes élèves en formation. C’était en petit comité et à sa demande insistante (nous parlions de magie avec un ami magicien, et cet élève avait entendu notre discussion – je pense qu’il ne me croyait pas capable de réaliser ce « miracle »). Quand il a vu le prénom de son amie gravé réellement dans ma peau, son visage a blêmi. Il a eu vraiment peur, cela se voyait ! Et il est vite parti loin de moi… Pourtant, nous discutions de « magie », avec un truc donc. Il était prévenu et je lui ai répété après, pour le rassurer. Mais bon, cela n’empêche pas le côté incroyable de la chose, même quand on sait « qu’il y a un truc » ! 🙂

Vous comprenez qu’il faut vraiment tenir éloignés les deux approches, le spectacle et la pratique naturelle et réelle de la psychologie. Faire entrer l’impossible dans la réalité de la personne, hors d’un contexte de spectacle, serait extrêmement malhonnête et possiblement choquant pour la personne !

Ce sont donc bien des techniques d’hypnothérapie et de PNL dont parle Bastien DiFrance : l’observation, l’intuition, le langage non-verbal, etc. Tout ce que l’on étudie en formation en hypnose et PNL, à l’IFHE, et qui lui permettra de réussir (on lui souhaite) dans le jeu. Cela lui confère certains atouts, mais évidemment pas de « super-pouvoirs ». Cela reste dans la limite des possibilités humaines et psychologiques normales.

On a bien compris que le terme de « mentaliste » utilisé à la télévision ne correspond pas à la réalité. Il dérive de la série télévisée bien connue « Le Mentaliste« , qui est une fiction et découle techniquement de la pratique des hypnothérapeutes, mais sous un autre titre plus populaire et dans un cadre romancé. La pratique des mentalistes de spectacle étant à réserver au monde du spectacle.

J’espère que toutes ces explications vous auront aidé à mieux comprendre les termes « hypnose » et « mentalisme », à savoir faire la différence entre les deux approches, à séparer le vrai du faux, la fiction et la réalité, comme à mieux connaître leurs points communs, que l’on parle de psychologie ou de spectacle.

Si vous voulez découvrir et, pourquoi pas vous former en « mentalisme », le vrai, celui que pratique Patrick Jane ou Bastien DiFrance (pas celui des magiciens), alors joignez-vous à nous lors des formations professionnelles en hypnose. Vous apprendrez, dès le premier jour, à réaliser vous-même les « miracles » d’observation et d’intuition. Et vous rencontrerez d’ailleurs peut-être aussi, durant votre formation, des magiciens professionnels qui vous parleront de leur pratique et vous amuseront de leurs démonstrations – mais ils ne vous révèleront jamais leurs « trucs » ! 🙂

Et surtout, en formation à l’hypnose, vous découvrirez une autre façon de vivre votre vie et réaliser vos rêves – en aidant les autres, en plus.

A bientôt !

Olivier Lockert

Hypnothérapeute, formateur international et auteur
Président de l’Institut Français d’Hypnose Ericksonienne


* Si vous vous intéressez au mentalisme ou si vous voulez suivre l’actualité de « Bastien le mentaliste« , visitez Mentalactif.com

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LA PNL « NEW CODE »

Qu’est-ce que c’est ?

Un article d’Olivier Lockert

IFHE, octobre 2009

 

Depuis la venue en France de John Grinder, vous êtes nombreux à vous poser la question : il existe désormais une « PNL New code »… qu’est-ce que c’est ?

Réponse en quelques lignes…

PNL New-Code ? "Nouvelle"... oui, mais depuis 1980 !Le « new code », une nouveauté ?

Le « New Code » de la Programmation Neuro Linguistique (PNL) a été initialement développé par John Grinder et Judith Delozier au début des années 1980. Ce n’est donc pas une nouveauté. Il s’agissait de consolider la pratique de la PNL, trop mentale et intellectuelle, pour la rapprocher de sa source, l’hypnose, grâce à un meilleur travail corps-esprit.

Depuis, ce « New Code » – qui est en fait la PNL que l’on enseigne depuis 30 ans maintenant – a été affiné et enrichi par Carmen Bostic St-Clair et John Grinder, qui lui ont apporté différents exercices, parfois repris d’autres pratiques thérapeutiques, comme la kinésiologie. C’est cette version « étendue » qui est enseignée en France depuis peu de temps.

 

 

Ce qui a changé par rapport à la première forme de PNL

La première forme de PNL (1970-1975) mettait l’accent sur la technique pure, quasi mécanique, suivant des modèles conscients et explicites souvent déconnectés du quotidien ordinaire. « Dans quel cas s’utilise cette technique ? » et « Comment savoir quelle technique utiliser ? » sont les questions les plus posées en formation, les « apprentis thérapeutes » étant encore friands d’astuces toutes faites, de recettes. Il est donc compréhensible que les pionniers de la PNL soient eux-mêmes tombés dans le piège du mental : tenter d’adapter les personnes aux techniques, au lieu de créer des interventions sur-mesure pour chaque personne.

« La thérapie n’est pas le lit de Procuste ! » disait Milton Erickson. Autrement dit : il ne faut pas couper les pieds de la personne, ou au contraire lui tirer dessus pour l’allonger, afin de la faire correspondre à la taille de notre lit. Bien sûr, c’est au lit (la thérapie) de s’adapter à la personne.

Les fondateurs de la PNL avaient misé sur un levier de changement rationnel et objectivable, à savoir le comportement de la personne. A partir de 1980, les praticiens de la PNL découvrent qu’il s’agit plutôt d’aider la personne à faire évoluer son état interne, ce qu’elle est tout au fond d’elle, pour espérer obtenir un changement réel et durable.

Le « New Code » de la PNL s’est formé à partir des travaux de Gregory Bateson (biologie, sociologie, théorie de l’information, etc.), les recherches de Carlos Castaneda sur le chamaniste Yaqui, l’observation des danses africaines autour du tambour, des chants et des contes, au Congo par exemple. Ce « New Code » s’inspire aussi des « structures du génie » de Robert Dilts, fils spirituel de John Grinder et pnliste de talent. Tout ceci associé à la capacité à générer des états internes qui faciliteront la modélisation de l’excellence, telle qu’on la conçoit en PNL, et l’apprentissage inconscient (hypnose, même si le terme, comme d’ordinaire en PNL, n’est pas toujours cité).

Le « New Code » a ainsi corrigé les erreurs de la première forme de Programmation Neuro-Linguistique, la faisant évoluer et la rendant plus humaine – et donc plus efficace.

Beaucoup sont malgré tout restés au premier modèle de la PNL, avec une compréhension purement intellectuelle du fonctionnement humain, surtout en Europe où les esprits cartésiens règnent en maîtres… La « PNL évoluée », plus proche du quotidien, du corps et des émotions, permet au praticien PNL d’être plus congruent dans l’utilisation de ses outils, en grande partie grâce au retour aux sources éricksoniennes, donc à l’hypnose, qui est la manière rêvée de modifier les états internes de la personne et de lui faire vivre les expériences qui l’aideront, non plus seulement mentalement, mais dans son corps entier.

Le « corps-esprit » est alors engagé dans des activités qui vont permettre à la personne de grandir, en congruence. C’est cette harmonie intérieure retrouvée qui permettra la résolution de la situation problématique, presque naturellement.

 

En pratique

Si les exercices de quasi-gymnastique, façon kinésiologie, que Carmen Bostic St-Clair a ajouté récemment au « New Code » ne vous intéressent pas, alors qu’y a-t-il à retirer en pratique de ce « New code » ? L’idée est la suivante : il s’agit de combiner des états internes (des situations de vie dans lesquelles la personne désire introduire un changement) à des contextes de « haute performance » (nous verrons plus bas qu’il s’agit d’états modifiés de conscience).

Avant cela, il faut bien comprendre que le problème, tel que présenté par la personne, n’est qu’une description superficielle de la situation. En fait, le véritable problème serait l’état interne (psychologique) dans lequel la personne aborde la situation. En modifiant cet état interne, on modifiera de toute évidence la réaction de la personne, et donc le résultat obtenu dans sa vie.

On a compris que la PNL est passée en 1980 d’une pratique plutôt intellectuelle à quelque chose de plus vivant, vécu par la personne dans son corps (tout comme en hypnose, donc, où les phénomènes hypnotiques mobilisent le corps de la personne, en de vastes métaphores physico-psychiques).

La PNL New Code met ainsi l’accent sur la relation entre le conscient et l’Inconscient. Elle s’intéresse à l’évolution personnelle de la personne. Elle encourage l’acquisition de compétences inconscientes, avec ou sans prise de conscience ultérieure. On est là en pleine « Nouvelle Hypnose », telle que décrite par Daniel Araoz dès 1979… En PNL, depuis ce « New Code », l’équilibre entre l’esprit conscient et l’Inconscient est primordial, comme Ernest Rossi le précisait déjà dans ses écrits avec Milton Erickson (avant même la création de la PNL).

Un praticien de la PNL New Code fera en sorte de créer des processus spontanés positifs (dirigés vers le changement ou la guérison) en réponse aux contextes problématiques de la personne. En New Code, les personnes sont amenées à explorer différents états psychologiques aidants. Ce travail est relié à une plus grande attention au monde, tout comme il est préconisé en Hypnose Humaniste… Bref, en hypnose, nous sommes vraiment en « pays de connaissance ». Ce « New Code » est en fait intégré depuis toujours à la pratique hypnotique.

Le retour de l’Inconscient

La grosse différence entre le New Code (des années 1980 à nos jours) et la forme originelle de la PNL (1975) est donc l’utilisation de l’Inconscient. Historiquement, la PNL était une action seulement consciente de représentations internes (type images, sons et sensations). Il n’y avait aucune participation voulue de l’Inconscient, ce qui était un comble pour une pratique née de la modélisation d’un… hypnotiseur !! Il est facile d’imaginer qu’en modélisant un coureur cycliste, on soit meilleur à faire du vélo. En modélisant un chef cuisinier, on soit meilleur cuisinier soi-même. En modélisant un pianiste, bien sûr on se met à jouer de mieux en mieux du piano… La PNL d’origine avait modélisé un hypnotiseur et espérait ne jamais avoir à faire d’hypnose ! 🙂

L’expérience pratique n’a pas mis longtemps à faire poindre l’évidence et, 5 ans à peine après la naissance de la PNL, l’utilisation de l’Inconscient était remise au goût du jour (ce qui fut donc nommé le « New Code »). L’Inconscient, comme on le sait, a accès à un plus grand éventail de possibilités et de ressources que l’esprit conscient. Il fonctionne infiniment plus vite, de manière multi-tâches et de façon symbolique (donc avec beaucoup plus d’informations à la fois, pour chaque chose faite). Il peut envisager plusieurs niveaux logiques simultanément, différentes lignes de temps et différentes perceptions sans que cela ne lui pose de problème. Sa « logique » n’est pas linéaire ou rationnelle. Les paradoxes, souvent sources de solution, ne lui font pas peur… L’Inconscient, tel un super-ordinateur branché sur la base de données de toute notre existence, a la capacité d’imaginer les scénarii les plus variés, en une fraction de seconde, et d’envisager leurs conséquences probables. Il peut fournir les intentions, les solutions et beaucoup d’autres ressources en puisant dans les mémoires de notre expérience de vie.

Il paraîtrait inconcevable d’espérer faire de la thérapie, ou même du coaching, sans prendre en compte l’Inconscient.

Et quel est l’outil le plus sophistiqué pour dialoguer avec l’Inconscient ?… L’Hypnose, bien sûr.

Quand nous utilisons notre Inconscient pour changer notre vie, les modifications apportées respectent naturellement notre « écologie ». Grâce aux potentiels de ce « super-ordinateur » intégré en chacun de nous, le thérapeute peut tester la moindre parcelle de changement, avant même sa mise en place définitive, afin de s’assurer de la meilleure harmonie finale.

La première forme de la PNL avait été mise au point en écartant l’Inconscient. Cette lacune a été corrigée par le New Code qui a réintroduit cet élément fondamental.

 

Trève de jargon …

La PNL New Code cherche à générer un état de « haute performance », aussi appelé « état sans connaissance » (littéralement « sans conscience », donc « non-conscient » ou… inconscient). Comme on le dit : « perdre connaissance » ou « perdre conscience« , c’est s’évanouir, devenir inconscient. Arrêtons donc de se cacher l’évidence, chercher un état « sans connnaissance », c’est chercher à entrer en état modifié de conscience (EMC) : c’est chercher à modifier l’état habituel de conscience de la personne (ce qui est déjà la définition de l’hypnose), et en plus pour l’amener à un état où elle agira « à un très haut niveau, sans aucune attention consciente » (Grinder). Ceci « afin de permettre à la personne d’avoir plus de choix dans le contexte problématique » : c’est encore une définition de l’hypnothérapie éricksonienne !

Je pense que ces quelques explications vous auront permis de comprendre que cette fameuse « PNL New Code » n’était nouvelle qu’au début des années 1980 et que sa pratique est, depuis 30 ans, le quotidien des hypnothérapeutes éricksoniens et de tous ceux qui utilisent la « Nouvelle Hypnose » (mélange d’hypnose et de PNL).

Bien sûr, vous pouvez suivre les formations de John Grinder et de sa compagne, comme nous encourageons nos élèves à l’IFHE à s’imprégner de multiples courants de pensée, à rencontrer autant que possible les pionniers des grandes approches de la thérapie brève et à varier leurs formateurs. Il est toujours positif de rencontrer de grands esprits.

Maintenant, vous savez aussi que, mis à part le côté « gymnastique » (kinésiologie) apporté par Carmen Bostic St-Clair, la PNL « New code » est la PNL qui est depuis longtemps partout enseignée dans le monde – et donc à l’IFHE aussi. Ainsi, si vous avez déjà suivi un cursus PNL, ce sera à vous de juger de l’opportunité de renouveler ou compléter votre apprentissage de la PNL. Si, par contre, vous n’avez jamais fait de PNL, rassurez-vous, vous apprendrez tout ce qu’il faut durant votre formation à l’IFHE.

A bientôt !

Olivier Lockert

Hypnothérapeute, formateur international et auteur

Enseignant certifié en PNL par Richard Bandler

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L’ENSEIGNEMENT DE L’HYPNOSE PAR OLIVIER LOCKERT

Enseigner l’Hypnose par l’hypnose !

Olivier Chevalier, janvier 2005

Extrait du mémoire de Maître-Praticien H.E.

 

« Puisqu’il y avait un mémoire à travailler, puisqu’Olivier est un expert dans l’enseignement de l’hypnose, puisque j’étais aussi un enseignant en recherche d’amélioration, pourquoi ne pas tenter de modéliser le formateur et d’en faire un sujet de mémoire ? »

La modélisation est une des techniques clés de la P.N.L., dit-on. C’est en effet une idée fantastique de repérer et de s’approprier les façons d’être et de faire d’un expert dans une discipline, de façon à devenir à son tour un expert.

Assis au fond de la salle, muni de mon petit carnet, j’inscrivais ce que j’observais, je prenais en note les paroles que j’arrivais à fixer… Puis retour devant la feuille blanche.

Et là, du blanc encore, mais dans mon esprit avant tout. Ce qu’il y avait dans mon petit carnet semblait bien pauvre et surtout tellement incomplet. Le support d’observation, mes yeux, et mes propres sélections rendaient bien illusoire le projet de modéliser de manière efficace. Si j’avais filmé et enregistré les séances, j’aurais eu déjà un support un peu plus consistant même s’il restait le problème des choix théoriques (ou autres) qui déterminent l’observation elle-même. Mais en l’occurrence, quelle valeur et quelle rigueur accorder à mes notes dans mon petit carnet et à mes souvenirs ?

Exit donc, le projet de modélisation… Mais il fallait bien écrire quelque chose.

 

En préambule

J’ai écrit la 1ère partie peu après mes huit jours d’observation… et puis, plus rien. Je me rendais bien compte que mes quelques souvenirs et mes notes éparses n’avaient rien d’une modélisation et je ne savais plus quoi faire.

Puis il y eut la rentrée scolaire et le passage à l’action, la mise en situation d’enseignement. Et j’ai essayé de mettre en pratique ce qui m’intéressait de la pratique éricksonienne, ce qui m’avait frappé dans l’enseignement d’Olivier. Et j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir à le faire.

Six mois après l’écriture de la première partie suivie de la décision d’abandonner le projet d’une modélisation rigoureuse du formateur, après un trimestre passé à explorer de nouvelles manières de communiquer avec les classes, j’ai pu reprendre le stylo. Il fallait juste abandonner les termes « modélisation » et « rigoureux » et assumer le parcours d’une subjectivité. Ce qui m’intriguait, c’était la façon qu’avait le formateur de captiver l’auditoire et le sentiment qu’il y avait sans doute de l’hypnose là-dessous, d’une manière ou d’une autre.

 

Qu’est-ce qui se jouait de l’hypnose éricksonienne dans l’enseignement d’Olivier ?

 

Le désir de modéliser se transforma donc en parcours de reconnaissance de quelques exemples d’emploi de techniques éricksoniennes qui font de l’enseignement de l’hypnose par Olivier, un enseignement hypnotique lui-même. Et finalement cette reconnaissance et cette compréhension de la dimension hypnotique de l’enseignement d’Olivier m’ont permis de donner une vraie valeur de formation concrète à un mémoire qui sinon, ne reste qu’un exercice d’écriture.

Bon d’accord, il m’aura fallu sept mois pour en accoucher et certains diraient que c’est vraiment long. Mais d’autres diraient qu’un accouchement demande neuf mois. Finalement, je suis en avance de deux mois.

 

Le formateur devient hypnotiseur

S’inscrire à une formation à l’hypnose, c’est choisir consciemment d’apprendre les outils de l’hypnose sous la direction d’un formateur enseignant ces outils. Ce n’est pas, bien sûr, choisir de se faire hypnotiser ! Le formateur, hypnotiseur à ses heures perdues ou gagnées, n’est alors qu’un professeur enseignant un contenu, une technique, un savoir faire, voire une attitude. Mais, non, non, non, ce n’est pas choisir de se faire hypnotiser !

Oh, bien sûr, par moments, pour les besoins de la démonstration et de la formation, le formateur redevient hypnotiseur et hop ! tout le monde en transe. C’est la séance d’hypnose de groupe. Par exemple, pour un petit coup de méthode de Rossi, tout le groupe se retrouve avec les mains devant la poitrine, se rapprochant peu à peu. Parfois encore, c’est au tour d’un cobaye volontaire de remonter, les yeux fermés, les niveaux logiques, ou de se faire pincer sadiquement l’ongle d’un petit doigt devenu soudainement insensible à la douleur. Là, bien sûr, le formateur est l’hypnotiseur.

Mais que se passe-t-il le reste du temps ? Eh bien, nous sommes des apprenants conscients. Des élèves ? Que nenni ! ce mot sent déjà trop son côté régressif. Il ne s’agirait pas de se faire embarquer, surtout qu’il y en a même qui associe l’hypnose à la régression. Non, nous sommes des stagiaires, des apprenants conscients et critiques qui, hors les quelques séances de démonstration et les exercices pratiques, écoutons un discours sur l’hypnose.

 

Comment nous est donc délivré ce discours ?

 

Avant, il y a longtemps, ailleurs, pour les autres, si l’on s’intéressait à l’hypnose, on allait dans une salle de spectacle, le soir, avec la lumière des projecteurs, assister à l’hypnose de spectacle. Point de spots pour nous. Nous entrons, en journée, dans une salle de formation, dans un immeuble réservé aux formations, sentant bon l’atmosphère de travail.

Puis sonne l’heure.

Et retentit l’air du jour. Musique. « Guitars, bass and drums », et un air connu, guilleret, entraînant, motivant, encourageant. Certains sifflotent, les insouciants chantonnent, quelques femmes bougeottent ou dansottent (si, si, c’est plutôt elles !) ; quelques pervers du sens tissent déjà des liens entre les paroles des chansons et le contexte, tandis que les pervers de l’insouciance les laissent glisser tranquillement en eux-mêmes. Les durs de la feuille et les chanteurs casserolesques – génétiquement parlant – préfèrent s’installer tranquillement à leur place (certaines même absolument réservées !) tout en regardant le décor. Au mur, une, deux, trois, quatre, cinq affiches « Un thérapeute hors du commun ». C’est ce que l’on peut lire. Ainsi, sans aucun doute, le but de la formation est clairement indiqué sur les murs même : il s’agit pour chacun de devenir un thérapeute hors du commun. Même moi ? Oui, oui, oui, bien sûr, répondent ensemble les affiches. Et puis ça tombe bien, le monsieur au centre de la scène, entre les deux tableaux blancs, il l’est déjà, lui !

Sur le tableau de gauche, il y a souvent un visage qui a l’air sympa, il est tout souriant, et puis en dessous, c’est marqué « Hypnose ». Si l’hypnose et le cours sont aussi souriants que le petit bonhomme sur le tableau et que la musique, ça a l’air sympa l’hypnose. Sur le tableau de droite, ça ressemble au menu du jour qui annonce les plats à savourer (ou à préparer ?). Bref, avec du sourire dans les oreilles et dans les yeux, bien installé à une bonne place, que le spectacle, euh je veux dire, que le cours sur l’hypnose commence !

Arrêt de la musique.

Souriant, comme le visage sur le tableau, apparaît au centre de la scène, le formateur.

« Comment ça va bien aujourd’hui ?! » dit la voix qui sort du micro. Sonne et résonne la petite phrase qui accroche, qui revient, qui rappelle les sourires, qui ouvre chaque séance. Un peu comme « Vous croyez toujours ce qu’on vous dit à la télé… » qui ouvre l’émission de Canal.

« Aujourd’hui au programme… » : re-annonce de ce qui est annoncé au tableau. Et c’est parti…

Il est temps donc d’annoncer à notre tour les deux grandes parties du programme. Nous les appellerons : le spectacle et les miroirs, ou l’artiste en clown et Alice Vache qui Rit.

 

I – Le spectacle ou l’artiste en clown

Sommes-nous ou non à un spectacle d’hypnose ? Non, puisque nous sommes en formation. Non, puisque l’homme sur la scène, dans un spectacle d’hypnose, hypnotise les spectateurs et nous ne sommes pas hypnotisés (sauf quand c’est précisé) puisque consciemment nous écoutons le formateur. Nous ne sommes pas des spectateurs puisque nous sommes des stagiaires. Nous ne sommes pas non plus au spectacle, nous le saurions, et puis ça ne ferait pas très sérieux de dire que l’on va, une fois par mois pendant trois jours, au spectacle pendant cinq mois. Et puis nous ne sommes pas en transe car nous savons très bien ce qu’est l’hypnose, nous savons très bien quand nous sommes en état de conscience normal et en état modifié de conscience.

Pourtant, parfois, c’est vrai, on doute…

Alors, parfois encore, on pourrait faire « comme si » on croyait qu’on est au spectacle. Comme dans l’induction pour les rebelles qui ne veulent pas entrer en transe : on leur fait le coup du « comme si ». Il ne s’agit pas de croire qu’on est en transe. Non, pas encore tout de suite, déjà, maintenant. Juste faire comme si on était au spectacle.

Mais alors, le monsieur souriant serait-il un formateur – professeur – acteur – hypnotiseur ? Qui est-il et que fait-il ?

Ici le questionnement se fait métaphysique.

Le formateur est-il un comédien ? un descendant des acteurs de la Comedia d’ell arte, un Arlequin, un Pierrot, une Annie Cordy, un Bigard ? … Vertige !

C’est vrai qu’il en a de bien bonnes parfois. Vous connaissez celle du bouc et de la mamie qui vit là-haut dans la montagne ? Ah oui ! c’est vrai, vous la connaissez. Elle est mignonne celle-là.

Il y a les très courtes. Il y a les tendance crade, genre pipi – caca –Bigard. Il y a les tendance sexe, il faut bien respecter les bases, et les femmes – les pauvres ! qui sont paniquées et qu’il faut apaiser avec un « p ». Il y a celle qui font monter les larmes de rire à celui qui les raconte (n’est-il pas en état modifié de conscience ?), celle de l’homme qui aime bien Marseille parce que sur les vitrines des cafés c’est marqué « Bouillabaisse » et qui demande : « où elle est Bouilla ? ». Il y a celles avec les « un peu enveloppées » – quelques kilos à perdre – et qui ont du mal, toujours, à passer les portes, ces sacrées portes toujours étroites…

Du sexe, des grosses… Voudrait-il nous choquer ? Nous faire réagir ? Bousculer nos pensées thérapeutiques sérieuses et correctes ? Non, sans doute pas, il s’amuse tout seul, c’est un vrai gosse, tout le monde le dit. Mais un gosse, c’est pas très pro non ?

Mais si c’est un comédien, il a le droit ; les artistes, c’est bien connu ont une âme d’enfant !

Bon, reprenons le show, le show « comme si ».

Musique – La scène – Le centre de la scène – Les sièges des spectateurs. Les mimes. Ah oui, les mimes. Très fort les mimes ! Comme les pantins, avec des bras et des mains qui bougent tout le temps ; chaque unité de sens énoncée avec des mots est redoublée avec des gestes – Du visuel avec de l’auditif – Encore ?! Et puis des signes gestuels très clairs et très lisibles, comme par exemple un doigt pointé sur le cerveau pour indiquer une pensée, une prise de conscience, une découverte. Main droite, main gauche, bras droit, bras gauche, les membres supérieurs redoublent les paroles – Comme dans une B. D.

Pendant ce temps, les membres inférieurs restent plus calmes. Il s’agit de garder le centre, le centre de la scène, et de rester centré, les pieds dans le sol, dans la terre. A la fois centré, aligné, mais également ouvert ; et les pieds savent s’ouvrir juste ce qu’il faut pour s’ouvrir aux autres, vers ceux de droite et vers ceux de gauche. Ou encore se fermer si besoin est. Le pied s’incline vers l’intérieur quand certains éléments du public, mus par l’enthousiasme et la fièvre du fan ou du supporter, cherchent à trop capter l’attention du comédien, peut-être à happer – inconsciemment ? – son énergie. Le pied de l’ouverture laisse circuler librement l’énergie de la synchro ; le pied en fermeture, contrôle, détourne le trop-plein.

D’autres mouvements ? Peu, car il faut le centre garder. Quelques déplacements vers les tableaux pour expliciter les informations, mais le mouvement incessant du corps se fait essentiellement sur place. Le corps se place de profil s’il faut laisser entrer dans le cabinet du thérapeute une petite dame un peu trop large, ou il se déplace s’il faut se protéger d’un colère supposée des personnes de la salle en se cachant derrière le tableau. Quelques nécessités inhérentes à un gag ou à une anecdote entraînent quelques déplacements, quelques pas de côté, mais la scène est réduite.

Le mouvement incessant, en plus de celui des mains, est celui qui provient des yeux et de la tête. Celle-ci, comme un phare bien réglé, balaye la salle de droite à gauche et de gauche à droite et de droite à gauche et de… Et les deux yeux éclairent quelques secondes chaque visage, devant, au fond de la salle, sur les côtés. L’éclairage d’un visage, la rencontre du regard individuel permet aussi de faire passe un message à l’un ou l’autre des stagiaires, un peu comme parfois un spot éclaire au cours d’un spectacle une partie du public ou une personne bien particulière. Enfin les yeux s’amusent à la mobilité pour faire passer d’un état interne à l’autre ou quand ils regardent à terre, en laissant se creuser deux rides entre les yeux, comme signe d’attention soutenue lors d’une question.

L’habillement est sobre, soigné, d’une élégance discrète, propice à donner une image de soi-même sérieuse et professionnelle pour une formation sérieuse et professionnelle, et à poser et à proposer des relations respectueuses avec le public, dans une distance non moins respectueuse.

La voix, quant à elle, épouse la mobilité des yeux, du visage, des mains, des bras et du corps pour faire passer le spectateur d’un état interne à un autre. Tour à tour plus rapide ou plus lente, plus forte ou plus douce, rieuse ou plus grave, dirigée, balayée – comme les yeux – de gauche à droite et de droite à gauche, elle surfe sur toute la gamme offerte par cet instrument humain. Et puis parfois, si on y est sensible, on peut déceler quelques marquages, une façon un peu particulière d’accentuer certains mots, une musique dans la musique : le fameux saupoudrage sans doute ! Mais ? Mais ! S’il y a saupoudrage ! ? … Soupçon … Y aurait-il induction ou suggestion sous-marine, un hypnotiseur qui agirait en taupe ? L’artiste serait-il un agent double de l’hypnose, refusant l’hypnose de spectacle mais faisant de l’enseignement de l’hypnose un spectacle qui hypnotise ?

On s’y perd.

Y-a-t-il des accessoires ? Quelques feutres pour écrire au tableau. Deux tableaux. Une chaîne et des C.D. Une oreillette-micro bien utile qui sert à poser la voix, à jouer sur les timbres, à ne pas crier et à couvrir les brouhahas des bavards. Un contingent de photocopies dont la distribution permet de changer le rythme de la prestation et, au lecteur, de suivre les propos du formateur. La feuille entre ses mains, lue parfois, est le plus souvent tenue par un des angles entre le pouce et l’index, légèrement pour qu’elle puisse se balancer, ou encore caressée sur la tranche, tout spécialement quand il écoute les questions d’un stagiaire. Ancrage ? Manie ?

Distribution des photocopies. Le prestidigitateur, le dompteur, l’amuseur a souvent sur scène une assistance (le professeur d’école, malheureusement, non). Et le formateur ? Le formateur agit parfois en tandem ou en équipe, chacun intervenant tout à tour. Ici, pourtant, le show se fait en solo.

 

Du spectacle, il y a donc. On paye pour le show et on y revient. Il y en a même qui ne se lasse pas de se délasser en y assistant encore et encore. Il y a ceux qui reviennent parce qu’ils aiment bien rigoler en écoutant les bonnes et – surtout ? – les mauvaises plaisanteries du formateur. Il y a ceux qui reviennent parce qu’attirés par la mystérieuse envie de revenir, et c’est une bonne raison. Enfin il y a ceux qui reviennent parce qu’ils se souviennent qu’ils ont payé pour recevoir un enseignement et qu’ils veulent peaufiner leur savoir. Parmi ceux-là, il y a ceux qui n’avaient franchement rien compris la première fois, mais bien sûr ils sont peu nombreux, on n’est pas des imbéciles, on a même de l’instruction ! Il y a ceux aussi qui ont dans leur méta programme le chiffre 3, 4, 5 – les pauvres ! – voire plus pour les franchement lents – certains parlent de bouchés, mais ils vont à leur rythme, sans plus. Il paraît que la répétition est une des clés de la pédagogie, alors…

Enfin tout ça pour dire que certains reviennent pour retrouver tout de même, malgré les apparences, un enseignant ou un formateur – la différence est subtile mais fondamentale sans aucun doute – derrière ou devant c’est selon, l’artiste faisant son show.

Ce n’est pas un show d’hypnose de spectacle mais c’est un spectacle d’enseignement de l’hypnose. Et parfois même, on peut hésiter pour savoir si l’on est captivé par le spectacle, la performance, la mise en scène, ou par le contenu ; à moins que tout soit lié, comme le show est enseignement lui-même et l’enseignement est habillé en costume de clown, déguisé lui-même en costume bon chic.

Alors si enseignement de, ou formation à l’hypnose il y a, quid de la méthode et de la pédagogie ?

 

II – Les miroirs ou Alice Vache-qui-rit
 

Grand un : le contenu – en un mot dirait (vaseusement, certes) le formateur en question. Du contenu, il y a, pour sûr. Il cause, il cause, le formateur, et en plus, il écrit. Le contenu de l’enseignement est très chargé, qu’il soit comptabilisé en nombre d’heures, en nombre de photocopies, ou en nombre de pages du livre Hypnose. L’étudiant, l’apprenant, ne peut que se réjouir de la multitude des supports offerts, photocopies et livres, redoublant avantageusement la parole. Il a semblé de peu d’utilité de revenir sur ce contenu en détails sinon pour dire que pour l’apprenant il semble très fourni, détaillé, illustré d’exemples et bien structuré. Laissons à d’autres le soin de le critiquer, de le nuancer, ou de le compléter.

Comment ce contenu est-il transmis ? Et oui, sortons du spectacle, ne nous laissons pas hypnotiser par les histoires drôles – un peu, beaucoup, pas du tout – les anecdotes et les petites histoires et entrons dans le domaine de la pédagogie.

 

Quelle est donc la méthode sérieuse du pédagogue, comment la caractériser ?

Eh bien peut-être faut-il alors retrouver Alice, avatar régressif dans une vie antérieure d’une Alice qui se laissait tellement fasciner par les miroirs qu’elle finissait par les traverser pour y découvrir des merveilles. Bien sûr, entre la petite Alice et la méthode pédagogique du formateur, on pourrait soutenir qu’il n’y a aucun rapport, ce qui serait ni vrai, ni faux, en soi et en toute logique, mais ce serait oublier le miroir, le beau miroir magique, celui qui reflète les états d’âme ou d’esprit, tout comme celui qu’on traverse pour être ici ou ailleurs.

Les yeux sont le miroir de l’âme. Dit-on. Alors tirons le fil qui part d’Alice, au miroir, aux yeux et pourquoi pas aux yeux bleus d’Olivier ! Le fil s’embrouille, les yeux se brouillent, je deviens confus – toujours en un mot.

Heureusement, Alice me guide au pays des méthodiques merveilles et des méthodes merveilleuses où Monsieur Caroll Lewis nous enseigne avec rigueur la logique de la Reine de Pique, ou de Cœur. Et quand cette inconsciente logique échange avec grâce son reflet dans le miroir avec son alter ego, son double, dans quel univers instable n’entrons-nous pas ?

C’est à ce moment qu’il faut suivre Alice et plonger dans le miroir, s’installer sur un reflet et voir où il nous mène.

Et celui qui dirait que cette métaphore de la méthode d’Olivier est bien confuse ne ferait que témoigner de la clarté de son esprit.

Alors pour les plus obscurs d’entre nous, une autre métaphore de la méthode pédagogique du formateur. Après la méthode « Alice », soyons sensible à la méthode « Vache-qui-rit ». Eloignons a priori et sans plus attendre toute connotation péjorative à ce noble animal – ni grasse, ni sale ! Car en effet, elle rit, cette vache, ce qui en soit est un indice et une qualité pour une méthode. Mais là n’est pas le propos, car c’est de la boîte qu’il s’agit. Oui de l’incomparable boîte de la Vache-qui-rit où est représentée une vache, qui rit – d’où son nom – avec une jolie et originale boucle d’oreille où est représentée une vache, qui rit, avec une jolie et originale boucle d’oreille où est représentée une vache, qui rit, avec … et ce jusqu’à ce point où la conscience bascule dans les abysses vertigineuses de l’infiniment petit et perçoit encore une vache, qui rit, avec une boucle d’oreille… A ce petit jeu du grand voyage sur un reflet, seul rivalise avec la sublime Vache qui rit, le grand Velasquez dans le tableau des Ménines, où sont représentés une Infante et un miroir dans lequel on voit le peintre qui représente l’Infante et un miroir qui…

Mais de l’Infante et de la Vache qui rit, seule la vache qui rit, rit, comme chacun sait. D’où ce second choix pour qualifier la méthode d’Olivier, car Olivier rit aussi, et sa méthode aussi (peut-être d’ailleurs de ne pas en être une étiquetée).

Après cette seconde métaphore, tout éclair, tout s’éclaire. Le reflet, tout est là. Il s’agit de se tenir debout sur le reflet comme Einstein imagine ce qui se passerait pour quelqu’un qui voyagerait en chevauchant l’extrémité d’un rayon de lumière.

Car dans la méthode d’Olivier, le reflet est partout, ce qui est naturel puisque le propre du reflet est de se refléter, de se multiplier.

Nous le découvrons d’ailleurs tout de suite en entrant dans la salle. Au centre Olivier Lockert, sur les murs Olivier Lockert, du moins son livre. Sur la couverture du livre, le mot « hypnose » et sur les deux tableaux le mot « hypnose » et sur les genoux le classeur « hypnose ». Et cette simple image du reflet, nous la retrouverons multipliée un nombre incalculable de fois.

Le contenu de la session est écrit au tableau, développé oralement, écrit sur les feuilles, mis en pratique en petit groupe ou en démonstration, mais plus subtilement encore annoncé, intégré dans des métaphores ou anecdotes du début de cours, et reprises plusieurs fois.

La découverte de la confusion par exemple commence par la réception de paroles confuses quelques temps avant la séance qui en parlera. Puis le jour où elle est abordée, le formateur ouvre sa session par une mise en acte de la confusion en guise d’apéritif. Viendront ensuite le plat de résistance dans le cours, le dessert sous forme de pratique, le tout arrosé de paroles confuses toute la journée. Enivrés de confusion, nous sentons celle-ci irriguer nos artères, s’intégrer à notre corps et, en douceur, de confus nous-même nous devenons confusionnant pour les autres.

La séance commence par une annonce du thème qui sera abordé : « travailler l’imprévisibilité ». Celui-ci va être « agi » de multiples manières avant d’être explicité. La séance tâche d’intégrer des situations imprévisibles, se déroule selon un ordre peu prévisible qui file des éléments partant dans des sens différents, présente des anecdotes que l’on ne rattache pas forcément immédiatement au thème, avec un peu plus tard des anecdotes – exemples d’imprévisibilité utilisées par des thérapeutes, Erickson, Farelly ou tirées de l’expérience d’Olivier. Et au milieu de tout cela, distillés de manière imprévisible puisque dépendante du bon tempo lié au groupe, la présentation telle qu’elle est redoublée sur les feuilles que nous avons sous les yeux.

Ainsi l’annonce du thème est immédiatement suivi d’un retour sur le travail de la veille (« Vous avez des questions par rapport à hier ? ») puis d’une anecdote de Bandler boostant deux cents personnes en les mettant dans la peau d’un fauve, puis retour sur « On va donc passer à l’imprévisibilité ». Le filage avec le passé, la suggestion de confiance sous forme imagée font leur office tout en agissant la confusion par l’interruption, incessante du fil conducteur principal.

Le petit jeu continue. Imprévisibilité, « donc pas de feuilles, on les donnera demain », le formateur s’amuse avec les feuilles, revient sur la question, puis petit exemple : « c’est comme se brosser les cheveux avec la main gauche pour les droitiers », avec pointe d’humour… Des questions à la salle : l’exemple du punk est donné puis critiqué. Un retardataire arrive ; l’utilisation est tout de suite appliquée : « il le fait très bien d’être imprévisible, lui ». Quelques éléments d’explications puis immédiatement paroles et exemples d’Erickson en illustration. Les anecdotes s’enchaînent aux commentaires, se raccrochent à ce qui a déjà été vu (« Bizarre, ce que je vous ai dit l’autre jour, c’est maintenant sur la feuille. Avant les feuilles sont blanches, le matin, et puis hop, ça s’imprime »), tous les petits exemples arrivent de manière semble-t-il imprévisible et ont un contenu renvoyant à l’imprévisibilité. Et le formateur enchaîne même avec un commentaire renvoyant à sa propre méthode : « Ça a l’air en apparence totalement improvisé, tout à fait loufoque, il faut arriver à faire son propre style » qui laisse la confusion dans les esprits pour savoir s’il y a improvisation, maîtrise construite, maîtrise improvisée. Surtout qu’il ajoute : « Il faut être confus vous-même, en un mot ». Humour, plus suggestion paradoxale, puis aussitôt d’autres métaphores (la stratégie militaire) qui s’enchaînent en mime (lancer le stylo au delà du trou dessiné sur le tableau) et avec des références culturelles très diverses (Robbins et le sac de scrabble jeté en l’air qui réécrit la Bible dans l’ordre ; les sciences avec le miracle de la vie face à la probabilité très faible qu’un bébé naisse ; Picsou et sa technique pour changer Donald, etc.)

La synchronisation se modèle aussi sur le thème avec des remarques comme « Bon, c’est normal de ne pas suivre… puisque c’est la confusion ».

Mais l’imprévisibilité intègre forcément d’être organisé quand on ne s’y attend plus, il y a donc aussi l’annonce ordonnée des règles de l’imprévisibilité : 1°) agir selon sa propre personnalité, 2°) acceptez d’être confus soi-même, 3°) avoir soi-même une direction stratégique. Et bien sûr ces trois règles sont mises en acte par l’exposé lui-même.

Inutile de multiplier les exemples donnés dans la séance (très nombreux), les reflets sont tellement multipliés que l’on se trouve vraiment bombardés et qu’à la fin on bronze, on est irradié, notre psychisme est saturé et le contenu est incorporé, au sens propre.

« Trop fort ».

Parfois même, on reçoit un reflet derrière les oreilles que même qu’on croirait que s’en n’est pas un !! Ainsi un jour, on arrive pour travailler sérieusement l’hypnose et voilà que le formateur nous propose de « faire un petit test rigolo ». Nous, on est bon avec le formateur, alors on accepte de jouer à ce que d’aucuns diraient « ses petits tests à la c… J’ai pas payé plein, beaucoup d’euros, pour faire des tests à la Elle ou à la Marie-Claire, il nous prend pour des demeurés de la psycho lui ou quoi !? » mais bref, on accepte, ça parle d’animaux et il faut être bon avec nos amis les bêtes, même si dans la liste il y a une vache, un mouton et un cochon – pas terrible ceux-là – mais heureusement il y a le cheval et le tigre… Et puis il en rajoute un autre de test, avec du café (n’importe quoi !), un rat (beurk !), un chat et un chien (y s’est pas foulé), et l’océan (ça, c’est chouette, enfin). Alors bon… me prend pas pour un demeuré : formation sérieuse qu’y disait ! Me suis encore fait arnaqué sur ce coup-là. Il exagère, ça fait bien quinze minutes qu’on est sur le test, et il avait annoncé qu’on allait travailler sur les suggestions hypnotiques et post hypnotiques. C’est quand qu’on commence ?

Et il ajoute : « Bien entendu, si ça vous plaît pas, c’est faux. Et dans six mois, il se peut que ça ait changé pour les furieux et les solubles ». Et il nous conseille d’aller consulter les dictionnaires des symboles. Fin du test. « On fait passer les feuilles sur les suggestions ».

Il est malin le formateur. Nous, on attendait le début du cours sur les suggestions ; le test, s’était pour la rigolade, une pause avant la pause. On s’amusait, on se divertissait un peu, on râlait (les furieux !), mais l’illustration in vivo de la suggestion, niet, rien perçu. Enfin, là, je parle de moi et des quelques-uns à la détente lente, pas de la grande majorité qui avait tout saisi (!?). Et pourtant, là encore, les reflets reflétaient…

L’approche de la métaphore…

…est peut-être le plus beau joyau de la méthode « Vache qui rit qui fait passer à travers le miroir » d’Olivier. Le cours sur la métaphore commence évidemment par une anecdote métaphorique et se poursuivra par un enchevêtrement de métaphores ou d’anecdotes. Une première ouvre sur une seconde qui ouvre sur une troisième, chacune illustrant un point d’enseignement, l’ensemble illustrant la technique de recadrage par métaphores encastrées. De plus, bien évidemment, cette technique est utilisée bien avant son apprentissage, elle est mise en acte dans le spectacle d’hypnose donné tout au long de la formation. Les histoires sérieuses et celles qui nous font rire, outre l’impact sur nos états internes, délivrent les messages à enseigner en redoublant l’approche théorique.

Les métaphores, qui peuvent être inventées à l’infini, sont elles-mêmes une image de l’approche indirecte de la communication éricksonienne et donc de l’hypnose elle-même. Ainsi la petite mamie corse qui pue le bouc et les autres s’habitueront, que chacun connaît, contient en elle-même (si elle savait la mamie !) l’essence même de l’Hypnose Ericksonienne . Et si Olivier aime à la répéter (et je ne pense pas que ce soit par une tendance gâteuse), c’est pour que son reflet reflète elle-même l’hypnose en toute simplicité. Grandeur de la mamie Corse !

Mais au fait, si je m’en souviens, serait-ce que l’enseignement ait agi en moi à la manière d’une suggestion ? Est-ce que la rigolade encastrée dans le théorique s’est incrustée dans ma mémoire comme le recadrage dans les histoires encastrées ? Ou est-ce le théorique encastré dans la rigolade qui a provoqué le même effet ?

Etais-je en état modifié de conscience quand j’étais bombardé de métaphores anecdotes ? Se pourrait-il ainsi que, de reflet en reflet, le contenu enseigné se reflète dans la méthode pour l’enseigner, que forme et contenu soient une image l’un de l’autre ? Proposer des séries de métaphores qui enrobent l’explication du rôle de la métaphore dans l’Hypnose Ericksonienne c’est ainsi faire coïncider pratique et théorie bien avant que l’apprenti hypnotiseur passe lui aussi de la théorie à la pratique dans les ateliers. Le formateur agit ainsi sa théorie dans le même temps où il théorise sa pratique. La pratique de la communication indirecte est enseignée par la mise en pratique par le formateur de la communication indirecte. Et si la communication indirecte éricksonienne est de « l’hypnose sans hypnose », de l’hypnose conversationnelle, alors l’enseignement par la communication indirecte est un enseignement par l’Hypnose Ericksonienne de l’Hypnose Ericksonienne

Et le public est en transe sans nul doute au moment des transes collectives affichées, quand il passe d’un état interne à l’autre au gré des histoires drôles, des pantomimes et des anecdotes sérieuse ou troublantes – bref quand il assiste au spectacle sur l’hypnose – mais peut être aussi un peu, parfois ou souvent, quand au milieu de tout cela il reçoit l’enseignement de façon indirecte sous la forme de suggestions.

Notre conscient suit avec attention le discours rationnel explicatif pendant que dans le même temps notre inconscient s’ouvre à toutes les suggestions contenues dans l’approche indirecte. Le contenu de l’enseignement s’ouvre ainsi les deux voies du conscient et de l’inconscient comme un jeu de reflets ou comme une musique en stéréo.

En balayant large ainsi, les messages pénètrent en profondeur selon le rythme et les modalités propres à chacun. De là d’ailleurs les plaintes ou inquiétudes de certains qui disent ne plus rien comprendre à rien, qui sentent confusément que le conscient se déconnecte et qui se retrouvent au bout du compte aussi compétents que ceux qui se concentrent sur le bien fondé logique des propos énoncés.

De là encore cette curieuse impression de réminiscence, une fois la formation terminée, quand tout un savoir et un savoir-faire remontent à la surface sans crier gare, et est là et bien là, sans que nous ayons eu l’impression d’avoir fourni tous les efforts qu’en d’autres lieux, école ou autre, nous avions l’habitude de fournir pour nous approprier le savoir. A l’insu de notre conscient, l’enseignement indirect et les suggestions post hypnotiques travaillaient dans l’ombre.

Ainsi se vérifie la prédiction annoncée des quatre temps de l’apprentissage : de l’incompétence inconsciente jusqu’à la compétence consciente en passant par l’incompétence consciente et la compétence inconsciente.

Et il suffirait de reprendre ensuite la liste sur le classeur de toutes les techniques de la communication indirecte pour s’apercevoir que le formateur les utilise toutes dans le temps même où il les enseigne (et même quand il enseigne autre chose), et pour comprendre que ce type d’enseignement-là est de l’Hypnose Ericksonienne. Nous apprenons ainsi l’hypnose par l’hypnose sans hypnose autant que par la pratique hypnotique, et toutes les techniques enseignées pour influencer positivement les patients sont celles utilisées pour influencer les élèves ou apprenants.

Nous voici donc au spectacle, parfois, souvent hypnotique de l’enseignement de l’hypnose par l’hypnose sans hypnose agrémenté de séances d’hypnose de groupe et d’autres groupes pratiquant l’hypnose. Hypnose de spectacle et hypnose de groupe, hypnose formelle et hypnose sans hypnose, décidément l’hypnose nous mène bien par le bout du nose, nous prend pour ne plus nous lâcher avant que le savoir hypnotique ne se soit imprégné en nous par les répétitions multi canaux et multi formes visant notre conscient et les profondeurs de notre inconscient.

Le spectacle donné par le formateur joue donc bien en quelque sorte le rôle d’une induction en captivant notre attention de manière à « dépotentialiser le conscient » et à ouvrir la voie aux suggestions qui ont pour contenu principal l’enseignement de l’hypnose. Le but du jeu est de nous entraîner d’un état interne à un autre, de jouer sur la confusion, d’encastrer les histoires et les anecdotes, de multiplier les métaphores en gardant bien sûr la synchro, de nous faire perdre conscience de notre environnement pour nous focaliser sur la parole et le langage non-verbal du formateur de manière à s’adresser à l’inconscient. Les messages conscients s’adressent de leur côté aux plus rationnels d’entre nous, et permettent aussi de redoubler l’information quand l’état hypnoïde, instable par nature, s’amenuise.

Ainsi considérée, une séance d’enseignement est le double, le reflet d’une séance de thérapie, en ce qui concerne la forme et la méthode. Le nombre de participants n’est pas un élément marquant puisqu’il s’agit toujours d’un duo : le formateur – thérapeute d’un côté, et l’apprenant – patient de l’autre. Les mêmes mécanismes sont en jeu dans les deux types de séance.

Les jeux de reflets dans le miroir de la Vache qui rit nous font bien traverser le miroir d’Alice et entrer dans le pays des merveilles de l’hypnose. La capacité de jouer avec les mots, de manier la logique illogique, de s’ouvrir à l’imaginaire et au merveilleux est bien le don d’Alice ; c’est aussi le cadeau de l’hypnose, et aussi celui du formateur.

La méthode « spectacle – Alice – Vache qui rit » apparaît, à l’usage, moelleuse et digeste à souhait.

 

III – Remerciements
 

A la fin de ce rapide parcours sur la méthode, Olivier (moi) tient à remercier Olivier (Lockert) car cette traversée du miroir m’a permis de découvrir d’autres horizons sur la planète enseignement.

Je me suis inscrit à ce stage d’hypnose pour abandonner l’enseignement, m’orienter vers un autre métier, et au bout du compte, j’ai découvert un enseignement qui n’était pas celui que je connaissais. Du coup, je m’amuse bien à enseigner, j’y prends beaucoup de plaisir, et j’ai du pain sur la planche.

Faire de son cours une séance de spectacle réussie en parcourant toutes les techniques qu’utilise Olivier, demande du temps et de l’investissement. La synchro avec un groupe, parler multi-niveaux, positif–négatif, s’adapter aux univers de chacun, jouer avec la voix, la posture et les gestes, balayer la salle du regard focalisé–défocalisé, faire le pitre et le clown, raconter des histoires nulles ou sérieuses en les mimant comme un comédien, exposer son ego aux risques du « bide total », poser des ancrages, générer de l’émotion dans un cours de grammaire ou d’orthographe, donner du rythme en faisant varier les états internes, etc. etc : voilà une partie du programme qui se rajoute au contenu de ma matière et qui change complètement ma façon d’enseigner. Je n’ai plus le temps de m’ennuyer, il y a toujours un point à travailler !

Et puis bien sûr, ce qui est pour moi le plus excitant : le jeu avec la confusion, les paradoxes, les double-liens, les métaphores et les anecdotes, le principe ericksonien de l’utilisation. Toute la communication indirecte trouve un vaste champ d’exploitation dans la classe.

Les petits 6ème sont aussi pour moi un bon terrain d’exploitation puisque les contes sont à leur programme, occasion idéale de placer des suggestions de confiance en soi, d’activation de ressources et de compétences, et de créer des situations hypnotiques. Par exemple, dans un contexte d’écriture d’une courte rédaction à inventer après lecture d’un petit conte parlant de baguette magique, inciter les quelques élèves qui disent toujours n’avoir pas d’idée, à explorer les vertus de la méthode de Rossi, rebaptisée la méthode secrète de Oui–Si enseignée par un vieil ami à moi, magicien à ses heures. Entre les mains, bien sûr, une boule magique aux pouvoirs secrets. Mais il faut surtout ne pas regarder, juste sentir et écouter, la boule qui peut grandir, s’allonger, se rétrécir. Et puis la technique habituelle, l’accord avec les mains qui se rapprochent ce qu’il faut, la main qui descend pour ramasser les ressources, la cueillette des éléments, et l’autre main qui installe le pouvoir magique, le transfert dans la main ou le stylo, les suggestions de laisser faire, de laisser passer les idées pour qu’elles courent sur la page. Ouverture des yeux – Ecriture.

Ou encore, les prescriptions de tâche avec utilisation :

Un élève de 5ème, très agité, perturbateur, en échec. Refuse de lire le livré étudié, quelques nouvelles des Lettres de mon moulin. Zéro au contrôle écrit, pas une ligne de réponse. Quelques temps après arrive un jour en retard, vient d’être puni pour avoir fait la chèvre dans un autre cours. Je lui demande comment il fait la chèvre. Pousse un petit cri. Je me moque de lui, je lui demande de faire une chèvre potable et de venir la faire au tableau. Joue le jeu, devient le clown au tableau. Je lui demande s’il sait faire la chèvre dans un pré avec des clôture, qui rêve de liberté, ou encore la chèvre courageuse qui se bat contre le loup. Me parle de son grand-père qui connaît la chèvre de M. Seguin. Admiration de ma part pour son grand père cultivé qui a lu l’histoire. Je lui demande s’il a déjà fait le loup en classe. Répond non. J’exprime mes doutes sur sa capacité à mimer les gestes et les bruits du loup. Je propose un défi. Doit lire le livre en trois jours, venir le raconter au tableau en faisant très bien le loup et la chèvre, puis j’en profite pour lui dire qu’il devra répondre parfaitement à toutes les questions vicieuses que seuls ses trois copains auront le droit de lui poser (les trois autres qui n’avaient pas non plus lu le livre) devant toute la classe.

Son mime, ses bruits, ses paroles furent un grand moment de rigolade. La classe vota pour un 17/20. Les trois autres copains avaient lu le livre.

Il a demandé un autre livre. Je lui ai donné un petit roman pour la jeunesse « Le Faucon déniché » en lui disant que cette fois-ci c’était sûr, il ne saurait pas faire le faucon déniché, c’était trop dur pour lui. Bien sûr, il a parié le contraire et réclamé le livre.

Un dernier exemple, résumé rapide d’un début de séance préparé, contrairement aux deux autres exemples précédents qui ont été improvisés :

Classe de 4ème, niveau assez faible avec des élèves complètement démotivés et persuadés de leur nullité et de leur incapacité à intégrer l’orthographe et la grammaire. Depuis le début de l’année, long travail préparatoire avec la synchro, les ancrages « à la Olivier » (« comment ça va bien / mieux aujourd’hui ? » avec déplacement vers le comment ça va bien en français aujourd’hui), le travail sur la confiance, etc.

Au début de la séance, mon premier exercice perso était : utilisation de la confusion sur éveil / endormi. Je leur demande s’ils sont éveillés, à untel s’il est endormi, comment ils sont conscients d’être éveillés / endormis ou s’ils sont inconscients d’être éveillés, ce qui pourrait vouloir dire qu’ils sont endormis quand ils sont en éveil… et je file l’embrouille sur éveil / éveillé / endormi / conscient / inconscient. Quand un d’entre eux me dit « Arrêtez, Monsieur, vous m’embrouillez », je lui demande s’il pense que c’est la preuve qu’il est ou n’est pas en éveil et j’en profite pour passer à une petite histoire d’éveil racontée dans les arts martiaux. Sans développer, c’est celle d’un maître d’arts martiaux qui vient rendre visite à un autre et qui demande des nouvelles du niveau d’éveil de ses trois fils. Propose un test : place une bassine en équilibre au-dessus d’une porte entr’ouverte. Appelle successivement ses trois fils. Le premier accoure et reçoit le seau : le second ouvre la porte mais avant que la bassine ne l’atteigne, dégaine son sabre et la tranche ; le troisième arrive en courant, s’arrête devant la porte, éclate de rire et demande à son père pourquoi il fait encore des farces pour enfants. Le maître en visite apprécie les qualités d’éveil et d’apprentissage.

Cette histoire est bien sûr mimée à grands gestes avec des noms chinois qui font rire. Et je passe à autre chose, une correction d’exercices.

Mon objectif était de poser des graines de toutes sortes pour faire passer les idées d’apprentissage, de savoir-faire inconscient, d’éveil quand on croit être endormi et ne pas savoir.

L’évaluation bien sûr de l’impact réel de la confusion et de l’anecdote est difficile. Il reste les indices. En l’occurrence ce fut l’importance que prit l’expression « en éveil » dans la classe. Si je commets la moindre erreur au tableau ou si je bafouille, j’ai droit au « Monsieur, aujourd’hui vous n’êtes pas en éveil ». Et plusieurs élèves se jugèrent « pas en éveil sur ce coup là » ou au contraire « bien en éveil » en fonction de leurs résultats.

Travailler la stratégie, les prescriptions, inventer des histoires, soigner la confusion, penser à la synchro, transforme la vie du professeur.

Et je n’aborde pas les contacts avec les parents, les réunions, les conseils de classe… Enseigner devient hypnotique et plaisant.

Ce chapitre était en forme de remerciements.

Alors merci au bouffon, à l’artiste, au formateur, à l’enseignant et sa méthode, à l’éveilleur.

Olivier Chevalier

Enseignant, Maître-Praticien en Hypnose Ericksonienne

 

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AVOIR DE LA CHANCE…

c’est pas sorcier !

Figaro Magazine, juillet 2005

 

L’Hypnose Ericksonienne, la Nouvelle Hypnose et l’Hypnose Humaniste font un usage intensif de « l’Intuition »… ce que certains appelleraient « avoir de la chance ».

Il se trouve que, statistiquement, les trois catégories socioprofessionnelles qui ont le plus de « chance » sont, dans l’ordre :

  1. Les artistes
  2. Les chefs d’entreprise
  3. Les casse-cous

Pourquoi ? Comment ? Voici un article de Véronique Grousset, du Figaro, qui pourra vous éclairer sur la question et vous guider sur les chemins de la chance !

U n signe qui ne trompe pas, c’est l’attitude des chasseurs de têtes. Il y a deux ou trois ans, pas un n’aurait pensé à s’intéresser au rôle de la chance dans la carrière des candidats qu’ils évaluent. Quant aux postulants, ils auraient encore moins songé à évoquer d’eux-mêmes un sujet aussi périlleux, propre à diminuer leurs mérites personnels, ou à les faire passer pour des superstitieux naïfs. Tandis qu’aujourd’hui, d’un côté comme de l’autre, la question est abordée sans détour ni complexe. Comme s’il était enfin admis que, loin de découler du hasard, la chance est un atout qui se mérite, qui se travaille, et qui résulte d’un ensemble de qualités très apprécié des recruteurs, car très appréciable pour les employeurs.

«Face à quelqu’un qui s’est trouvé plus d’une fois au bon endroit au bon moment, nous ne croyons pas à la prédestination, confirme Thierry Dereux, «valorisateur de ressources humaines» au groupe Bernard Juhliet de Lille. Nous en déduisons au contraire que cette personne a probablement une intuition très sûre, doublée d’un état d’esprit positif qui lui permet de provoquer les occasions et de savoir les exploiter lorsqu’elles se présentent. La chance n’est pas un don que l’on reçoit à la naissance : cela s’apprend.»

Une excellente nouvelle, entérinée depuis deux ans par les travaux d’un psychologue anglais, directeur de recherche à l’université du Hertfordshire.

Après plusieurs années passées à étudier les comportements chanceux ou malchanceux de sept cents hommes et femmes, âgés de 18 à 84 ans, le docteur Richard Wiseman en a tiré en effet un grand nombre de conclusions sur la façon dont n’importe qui peut améliorer son «capital chance», à la seule condition d’admettre qu’il en possède un. Comme tout un chacun. Car ce chercheur en est certain : «On ne naît pas chanceux, on le devient.» Tout simplement parce que «il ne s’agit pas d’un talent magique, ni d’un don divin, mais d’un état d’esprit».

Et d’énumérer les «quatre principes psychologiques» que les chanceux appliquent, selon lui, «sans même s’en rendre compte».

Premier de ces principes : savoir ce que l’on veut et se bouger un peu pour l’obtenir. Celui qui visualise son objectif repère en effet plus facilement tout ce qui pourrait lui permettre de l’atteindre. Il devient plus perspicace, plus persévérant, moins timoré lorsque survient le bon moment pour forcer les portes et son destin. «La chance sourit aux audacieux», disait déjà Virgile.

Deuxième principe : écouter son intuition. Wiseman a établi que même les malchanceux en ont – et pas moins judicieuse que celle des chanceux – mais qu’ils ne lui font en général aucune confiance. Erreur. On ne sait pas pourquoi (sans doute un reliquat d’instinct animal), mais les signaux intimes qui nous alertent sur un danger, ou contre quelqu’un, nous trompent souvent moins que les raisonnements les plus élaborés. Un constat très encourageant

Troisième principe : adopter en toute circonstance une attitude positive. A la fois détendue, attentive, confiante et constructive. Bref, sympathique. Se montrer ouvert envers les autres, s’intéresser à ce qu’ils disent, ne pas négliger ses amis permet d’agrandir son réseau relationnel et de bénéficier d’un plus grand nombre d’opportunités. Sans compter que l’on aide plus volontiers quelqu’un qui s’est montré aimable. Il suffit de sourire aux gens dans la rue pour le constater : neuf fois sur dix, les passants les plus revêches rendent le sourire.

Quatrième et dernier principe : apprendre à tirer profit de ses expériences malheureuses, sans se laisser déstabiliser par elles. Il faut bien sûr y réfléchir, afin de détecter ses éventuelles erreurs et ne plus les reproduire, mais pas trop longtemps. S’affliger ne sert à rien ; d’autant que l’on ne sait jamais si un épisode pénible ne se révélera pas finalement comme une véritable bénédiction. Les chanceux observés par le Dr Wiseman sont en tout cas unanimes à penser que «le mal sert souvent le bien», et à ne jamais désespérer de l’avenir. Ce qui leur permet de garder le moral, et suffisamment de confiance en eux pour sauter sur de futures occasions.

Rien que du bon sens, en somme. Mais l’étude de Wiseman permet aussi de balayer certaines idées démotivantes, souvent entretenues à tort autour de la chance. Au terme d’une longue série de tests à l’aveugle sur ses sept cents volontaires, le psychologue anglais affirme en effet avoir établi «scientifiquement» quatre axiomes inédits, tous très encourageants :

– Les chanceux et les malchanceux n’ont aucune faculté particulière, ni encore moins paranormale, qui pourrait expliquer leurs coups de chance ou leur déveine à répétition

– Les chanceux ne sont pas plus intelligents que les malchanceux.

– Les chanceux sont responsables de ce qui leur arrive, et les malchanceux aussi.

– Les malchanceux sont nettement plus superstitieux que les chanceux.

Autant de postulats qui ne contredisent en rien l’idée que le psychosociologue Jacques Salomé se fait lui aussi de la chance : «La vie ne cesse d’offrir des cadeaux, à tout le monde. Mais le problème, c’est que beaucoup d’entre nous sont des handicapés du recevoir. Ils ne savent pas dire « Merci ». Ni prendre en charge leur destin. Ils s’engluent dans le passé et dans les épreuves qu’ils ont déjà subies, en les attribuant à une fatalité inéluctable qui leur interdit de profiter de l’instant présent et de croire en l’avenir. Une attitude qui les empêche évidemment de capter les signes positifs qui leur permettraient d’améliorer cet avenir, et d’annuler la prétendue fatalité dont ils se croient victimes

D’accord avec son confrère anglais pour penser que la chance n’a rien d’ésotérique, Jacques Salomé est cependant plus sceptique que lui sur la facilité avec laquelle il serait possible «d’apprendre» à mieux l’accueillir : «Je crois malheureusement que les Français sont doublement peu doués pour ça, explique-t-il. Beaucoup sont imbibés d’une culture judéo-chrétienne selon laquelle il existerait des puissances bienveillantes ou malveillantes, auxquelles ils attribuent volontiers leurs succès… ou leurs échecs. A quoi s’ajoute une culture moderne de l’assistanat, qui pousse énormément de gens à s’en remettre à d’autres (l’État, la société, les jeux de hasard) pour combler leurs besoins, justifier leur passivité, et les déresponsabiliser encore davantage.»

Alors que la clé, pour Wiseman comme pour Salomé, c’est évidemment la responsabilité personnelle et la force de l’inconscient. Tous deux s’accordent en effet pour dire que «croire que l’on est malchanceux est le plus sûr moyen de le rester». On déprime, on devient défaitiste, indifférent aux autres, et à tout ce qui se passe autour de soi. Sourd et aveugle aux occasions qui passent, pendant qu’on se lamente de n’en voir jamais passer.

Tandis qu’à l’inverse, croire en sa chance semble suffire à la favoriser. Même lorsqu’elle relève du hasard ! Simple question de probabilité : les joueurs qui gagnent souvent sont ceux qui croient le plus en leur chance, et qui jouent donc plus souvent que les autres. Augmentant ainsi – mathématiquement – leurs chances de gagner. «100% des gagnants ont tenté leur chance», rappelle à juste titre le slogan très malin du Loto.

L’intérêt des porte-bonheur

Et c’est dans le même ordre d’idées que l’on ne doit pas craindre, ni avoir honte, d’être un brin superstitieux. Même si le docteur Wiseman a calculé que 66% des malchanceux sont superstitieux contre seulement 27% des veinards, il n’est en effet guère douteux qu’arborer un porte-bonheur est un antistress idéal. Qui ne peut pas faire de mal, et qui détient le pouvoir indéniable de rassurer son propriétaire, tout en dopant sa confiance en ses propres capacités.

Un principe dont les sportifs ont depuis longtemps compris l’utilité : ils ne négligent aucun effort pour gagner, en s’entraînant comme des brutes, en étudiant la technique de leurs adversaires, ou en fignolant leur matériel. Mais sans oublier qu’au tout dernier moment, quelle que soit la qualité de leur préparation, un vent qui tourne, un gravillon qui traîne ou un lacet qui casse, pourrait suffire à les faire perdre. Les rituels que beaucoup d’entre eux observent avant l’épreuve, et les talismans qu’ils portent pendant sont là pour évacuer l’angoisse de cette minuscule part d’imprévu contre laquelle ils ne peuvent rien. Sans eux, ils n’auraient pas l’impression d’avoir vraiment tout fait pour mettre «toutes les chances de leur côté». Grâce à eux, ils sont plus détendus, donc plus performants.

Rien de magique là non plus. C’est encore la confiance qui compte. Croire en sa chance revient à croire en soi. A inciter les autres à en faire autant. Et à mieux affronter tout le reste.

Véronique Grousset

Figaro Magazine

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L’EFFICACITÉ DE L’OPTIMISME

Ou pourquoi il vaut mieux s’orienter
vers la solution plutôt que les problèmes

New York Times, février 2003

Un article de Lauren slater

 

« Vous souffrez ? N’en parlez surtout pas à un psy! » Une nouvelle théorie bat en brèche l’industrie du traumatisme.

Pour panser les blessures de l’âme, rien de tel que se taire, oublier, refouler, affirme le psychologue new-yorkais George Bonanno. Sa thèse, étayée par des dizaines d’études, bouleverse la doctrine en vigueur depuis Freud et menace la très lucrative « industrie du traumatisme ».

Le 11 septembre 2001, George Bonanno grimpa sur le toit de l’université Columbia. Le campus se trouve sur une colline au nord de Manhattan, et l’on voyait très bien le World Trade Center. Clignant des yeux à cause du soleil, ce professeur de psychologie regarda les tours d’acier brûler, puis un nuage de poussière engloutir le centre de Manhattan. Quand tout fut terminé, il redescendit du toit et prit un film à la vidéothèque. « Une comédie, précise-t-il, un truc pour rigoler, pas de sang. »

George Bonanno vit selon ses propres théories. Cet artiste du refoulement ne s’arrête pas longtemps sur les choses désagréables de la vie. « Je ris beaucoup, confie-t-il. J’aime me distraire. Et après, je fais tout simplement abstraction du monde. Les merdes, ça arrive, c’est comme ça. Alors pourquoi en faire tout un cirque ? » Et il vous fixe de ses grands yeux candides comme s’il avait trouvé la clé du paradis.

C’est peut-être le cas d’ailleurs, car George Bonanno, maître de conférences au Teachers College de l’université Columbia et psychothérapeute expérimenté, pense avoir percé le secret du bonheur durable. Enfin, plus exactement, le secret qui permet d’échapper au cafard malgré les malheurs, la poisse, la souffrance, les coups bas et les retours de bâton, et de conserver son équilibre affectif en dépit des traumatismes que la vie nous inflige. Et tout ça, sans thérapie ruineuse, sans travail « guidé » sur le passé, sans revivre encore et toujours ses vieux drames sur le canapé des plombiers de l’âme. Au contraire. La guérison, selon Bonanno, passe plutôt par la stratégie inverse : taire, oublier, refouler. Fuir en avant, réprimer plutôt que déprimer.

La thèse est audacieuse, mais elle s’appuie sur des dizaines d’études. Reste qu’il est difficile de nager à contre-courant dans un pays où la psychothérapie est un sport national – et depuis bien avant le 11 septembre. Dans un pays où les souffrances psychologiques de millions de patients ont fait la fortune d’une industrie qui pèse des milliards de dollars – psys, pharmaciens et experts télévisuels – et font vivre d’innombrables centres de rééducation, groupes de soutien et services d’écoute téléphonique.

« Cela risque de bouleverser notre industrie du traumatisme. » C’est ainsi que Lauren Slater, une psychologue de Boston, commentait récemment les thèses révolutionnaires de Bonanno dans un article autocritique paru dans The New York Times Magazine [voir page suivante].

Le psychologue new-yorkais a déclaré la guerre à sa propre branche. Une branche qui, aux Etats-Unis – et de plus en plus en Europe -, prêche depuis des décennies le mantra suivant : la souffrance vécue doit être extériorisée, ressassée, pétrie, analysée, archivée. « Surtout ne pas se replier sur soi-même », c’est le conseil que l’on pouvait lire récemment dans la revue spécialisée Psychology Today pour dominer la peur des attentats et la psychose de la maladie du charbon. Malheur à qui se tait et refoule !

Il est lentement rongé de l’intérieur ou alors il attrape un ulcère à l’estomac – au minimum.

George Bonanno, lui, n’a pas l’air de souffrir de ce mal. A 47 ans, c’est un homme en pleine forme physique qui possède un grand sens de l’humour et de l’absurde. Quelqu’un qui rit effectivement souvent et semble bien aimer la vie. Son bureau baigné de soleil, où le kitsch voisine avec l’art, révèle un amour des voyages et de la culture. Sur une étagère trônent plusieurs statuettes en terre cuite, des figurines funéraires – certaines ont deux mille ans, comme il l’explique gaiement – avec lesquelles on prenait jadis congé des défunts en Extrême-Orient.

C’est le travail de deuil qui est à l’origine des théories audacieuses de George Bonanno. C’était en 1991, il venait d’achever sa thèse de doctorat à Yale, en psychologie cognitive, l’une des disciplines classiques de la matière. Il trouvait déjà que la croyance de nombre de ses collègues – il faut « rabâcher à fond ses soucis » pour les surmonter – relevait davantage de la superstition que d’autre chose. « Mon intuition me disait : ça ne peut pas être complètement vrai. » Un projet de recherche sur le veuvage à San Francisco lui fournit la première possibilité de s’attaquer à la question. Bonanno et son collègue Dacher Keltner, de l’Université de Californie à Berkeley, étudient comment 85 personnes d’âge moyen surmontent le décès de leur conjoint. Ils comparent les aspects subjectifs (par exemple, la description que les intéressés font de leurs sentiments) avec des données physiologiques (expressions du visage, fréquence cardiaque), une technique qu’ils baptisent « association autonome verbale ».

Les résultats sont stupéfiants et en contradiction avec la doctrine en vigueur : ceux qui dissimulent leur souffrance « sont ceux qui, à long terme, souffrent le moins et se réadaptent le plus vite au rythme de la vie ». Bonanno appelle ce groupe les « refouleurs ». Les deux chercheurs publient leur découverte en 1995 dans le Journal of Personality and Social Psychology. La communauté scientifique l’accueille par un haussement d’épaules. Qu’est-ce qu’une petite étude isolée représente comparée à un siècle de sagesse ? Seul le Times de Londres fait remarquer que la si britannique maxime « Keep a stiff upper lip » [rester impassible] trouve ici une confirmation scientifique.

Bonanno ne lâche pas prise. Etude après étude, il s’emploie à mieux cerner le phénomène des « refouleurs ». Ces entêtés qui se refusent obstinément à donner libre cours aux « sentiments désagréables » sont-ils vraiment plus heureux ou font-ils semblant ? Bonanno a recours à des méthodes de travail peu conventionnelles. Il munit, par exemple, ses sujets d’écouteurs diffusant des phrases complexes dans une oreille et des jurons, des pleurs et des cris tonitruants dans l’autre. Les « refouleurs », qui jouissent d’une bonne capacité d’adaptation, sont en mesure de faire abstraction du bruit stressant et de se concentrer sur ce qu’ils entendent par l’autre oreille.

Dans une autre expérience, Bonanno étudie la fonction du « rire en situation de stress ». Trente-neuf volontaires âgés de 21 à 55 ans acceptent d’être interrogés devant une caméra sur le décès récent de leur conjoint. On relève ensuite le nombre de fois et le moment où ils rient ou sourient. Conclusion : le rire aide les personnes en deuil en « accroissant la distance psychologique vis-à-vis du stress ». Plus quelqu’un rit, mieux il semble aller. Une étude complémentaire réalisée quelques années plus tard sur les mêmes personnes confirme ces résultats. Ce sont les mêmes conclusions qui ressortent d’une série d’expériences réalisées sur plus de 200 habitants de la région de Detroit, dont on a comparé l’état psychologique avant et après la mort de leur conjoint. Quarante-six pour cent d’entre eux présentent une « tristesse limitée » et une dépression insignifiante qui ne justifient absolument pas un passage sur le divan, écrit Bonanno. Ce sont au contraire des exemples d’individus « relativement bien adaptés », jouissant d’une bonne santé mentale et possédant « une bonne capacité de résistance et de bons mécanismes de défense ». En d’autres termes : consulter un psy, c’est jeter l’argent par les fenêtres.

Les éléments s’ajoutent les uns aux autres pour constituer un puzzle fascinant : les personnes qui ignorent gaiement ou laissent bravement derrière elles les moments tragiques de leur vie ont sur le long terme de meilleures chances de s’en tirer sans dégâts émotionnels. « Les preuves scientifiques s’accumulaient, se souvient Bonanno. Plus j’avançais, plus il devenait difficile de démolir ma théorie. »

Le milieu des thérapeutes l’ignore superbement. « Nous autres praticiens, nous voyons les choses différemment. » C’est là la plus polie des rebuffades qu’on lui adresse – même quand il étaie sa thèse avec un matériau aussi sensationnel que des observations faites sur les victimes de la guerre de Bosnie. Il se heurte souvent à une « hostilité surprenante ». Ses collègues blanchis sous le harnais ricanent et le huent lors des congrès et des conférences. Et les ouvrages de psychologie ne consacrent pas la moindre ligne à l’étude qu’il a réalisée avec Ketzer.

C’est compréhensible car ses découvertes touchent aux fondements de toute une industrie. Pour Bonanno, l’étude et le traitement des traumatismes – qui ont pris leur essor aux États-Unis il y a un quart de siècle avec les problèmes des vétérans du Vietnam – ont fini depuis longtemps par s’autoalimenter. Tant que les thérapeutes maintiennent leurs patients dans leur stress par un « travail oral » sans fin, la boutique tourne. Il est clair que la thérapie peut aider, mais est-elle indiquée pour tous, tout le temps, dans toutes les situations ? « Tout prouve que non. »

Bonanno s’est l’année dernière risqué sur le terrain le plus sensible (et la plus grande mine d’or) de l’industrie du traumatisme – l’abus sexuel. A partir d’une étude de longue durée conduite par les National Institutes of Health (NIH), il a sélectionné 67 femmes qui avaient subi des abus sexuels dans leur enfance et les a fait parler de leur vie. Quand il leur a demandé de citer un « événement traumatisant » dont elles se souvenaient, un tiers d’entre elles ont donné toutes les réponses possibles (décès, divorce, dispute), se sont tues ou ont évité de mentionner expressément l’abus sexuel. Il est ensuite apparu que ces femmes étaient par ailleurs bien plus équilibrées et souffraient bien moins de dépression, d’anxiété ou d’accès de colère que les autres. La thérapie traditionnelle serait-elle néfaste ? « Quand on ne cesse de ramener une personne vers l’abîme, elle finit par y tomber », explique Richard Gist, professeur de psychologie à l’Université du Missouri, qui poursuit des recherches similaires. « Mais l’industrie du traumatisme fait des fortunes avec ça et elle le sait. Les psychologues gagnent des millions avec leur arrogance. » D’autres chercheurs commencent cependant à s’intéresser au phénomène des « refouleurs ».

Bonanno s’occupe en ce moment, dans sa ville natale, d’un nouveau groupe de traumatisés, les survivants des attentats du 11 septembre 2001. Soixante personnes, rescapées des tours jumelles ou spectateurs horrifiés, se sont volontairement mises à sa disposition. La National Science Foundation [un organisme public qui distribue des bourses de recherche] a injecté 150 000 dollars dans le projet. La somme est peut-être maigre, mais on a là un premier signe de reconnaissance de la part de l’establishment scientifique. Bonanno foule ainsi un nouveau territoire : un événement d’origine humaine aussi sanglant que l’attentat du World Trade Center déclenche des réactions bien plus complexes qu’une catastrophe naturelle ou la mort naturelle d’un proche. Le chercheur n’a pour le moment pas grand-chose à dire sur la question, si ce n’est : « Oui, on observe ici les mêmes schémas que dans les études précédentes. »

Bonanno a confiance. « Les temps changent, même dans le milieu de la psychothérapie. » Lui-même tombe parfois dans le piège – le mystère du traumatisme le traumatise. « Je ne pense à rien d’autre de toute la journée, soupire-t-il. J’en rêve la nuit. Et puis je me réveille et je continue à ruminer là-dessus. » Seule solution, appliquer ses découvertes à lui-même. « Je mets de la musique, je joue un peu de flûte et je m’aère le cerveau pour quelques heures. »

 

Exprimer ses états d’âme, c’est très occidental

De toute évidence, les conclusions des recherches sur le refoulement nous hérissent plus qu’elles ne nous intriguent, et ce sentiment est aussi intéressant, sinon plus, que les conclusions elles-mêmes. Nous sommes choqués. Pourquoi ?

C’est peut-être Alexis de Tocqueville [1805-1859] qui a la réponse. Lors de son séjour aux Etats-Unis, en 1831, il capta l’essence même du pays comme peut-être nul autre après lui. Il avait vu notre narcissisme, notre puritanisme, mais aussi notre caractère foncièrement romantique. Nous sommes convaincus que l’esprit humain n’est jamais meilleur que lorsqu’il s’exprime. L’individualisme que Tocqueville décrit dans De la démocratie en Amérique repose sur le droit, voire le besoin, de chacun à verbaliser son état d’esprit. Refouler serait donc antiaméricain, antédiluvien, antiartistique et terriblement teuton. Le moi américain se révèle par la plume, le pinceau et la parole. Tocqueville l’avait bien vu, de même que Ralph Waldo Emerson [1803-1882], Henry David Thoreau [1807-1862] et, bien sûr, Walt Whitman [1819-1892], qui soutenaient les idées de transcendantalisme, de chant de l’âme, d’extériorisation.

Mais le refus du refoulement remonte bien plus loin que le XIXe siècle.

On trouve l’idée des vertus curatives de l’expression – et donc du caractère néfaste du refoulement – dès le IIe siècle de notre ère chez Galien [131-201]. Ce médecin élargit la théorie d’Hippocrate [v. 460-v. 377 av. J.-C.], selon laquelle le corps est un équilibre entre quatre humeurs : le sang, la bile, la pituite et l’atrabile. La maladie, disait Galien, en particulier la maladie psychique, est due à un déséquilibre entre ces humeurs, et la guérison survient quand le médecin peut purger le corps et l’âme de leur excès d’humeurs. Les purgatifs, vomitifs et saignées étaient utilisés à cette fin. La bonne santé, c’était la catharsis ; la catharsis, c’était l’expression. Les cures par la parole (talking cure) et les traitements des traumatismes psychiques sont en quelque sorte des adaptations modernes de la théorie de Galien. Ce sont des notions si profondément enracinées dans la culture occidentale que les abandonner reviendrait à abandonner les fondements philosophiques sur lesquels reposent la médecine et la religion. Considérer le refoulement comme un moyen légitime de s’en sortir, c’est mettre en péril les idéaux romantiques qui sont au cœur de notre culture, malgré notre vernis postmoderne. Tout au fond de nous-mêmes, nous sommes toujours des Walt Whitman.

Et, évidemment, d’un point de vue pratique, il existe de vraies raisons de ne pas vouloir adhérer aux découvertes sur les bienfaits du refoulement. C’est toute notre industrie du traumatisme, un secteur qui pèse des centaines de millions de dollars, qu’il faudrait revoir de fond en comble. Il y a, aux États-Unis, des milliers de centres d’aide aux traumatisés et de groupes d’entraide qui se fondent sur l’expression à la Whitman. L’économie du pays ne s’effondrerait peut-être pas si le refoulement redevenait à la mode, mais cela créerait de sérieux remous dans les domaines éducatif, politique et médical. Mieux vaut donc éviter cela. Mieux vaut refouler cette pensée.

Lauren Slater*

The New York Times Magazine (extraits), New York

* Psychologue, auteur de Opening Skinner’s Box : Great Psychological Experiments of the 20th Century, paru aux éditions Norton en 2004

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